Le XX° siècle au théâtre
Partir du constat laconique de Roland Barthes dans les dernières lignes d’un article de 1961 consacré au théâtre français d’avant-garde : « Les auteurs eux-mêmes persistent d’ailleurs difficilement dans un théâtre de la négation. Ou bien, suivant le grand public, ils évoluent vers un théâtre à prétention humanisée (les dernières pièces de Ionesco), ou bien vers un théâtre politique (Adamov), ou bien ils se taisent (Beckett) ; de toute manière, ils renoncent eux-mêmes à l’avant-garde, sans qu’à l’heure actuelle on puisse prédire aucun mouvement de relève. »
Entendre la réponse récente de Georges Banu à la question d’un ami de théâtre proche : « Quel est l’endroit le plus créatif en France ? Avignon dis-je sans hésiter. » À 40 ans de distance, il livre sa conviction que sans cesse le théâtre relance les dés et qu’être contemporain, « ce n’est pas de tout confort, jamais, ni aujourd’hui, ni hier, c’est une disposition qui peut se perdre face au risque du faux contemporain, c’est être présent, le vieil homme et le jeune homme réunis et alors indissociables, surmonter les distinctions et disqualifier les âges . »
Comment tout au long du siècle passé se croisèrent différentes voies de recherches théoriques et de démarches pratiques, nombre de courants et de sous-courants ? Dans quelles réflexions puisèrent-ils leur énergie ? Toute périodisation stricte n’est-elle pas caduque ? Quels acteurs prirent part aux modifications et aux transformations chaque fois perçues comme novatrices ?
Petit bilan - vers l'avenir...
Les chapitres de ce dossier
- Architecture du lieu, architecture de la scène, scénographie
« La scénographie des spectacles se substitue à l’architecture des salles ; finalement le texte a pris la place de l’architecture ». Ces expressions : "la scène ouverte", "l’espace vide", "le théâtre brut", "le théâtre total", murmurées tout au long du XX° siècle précipitent un mouvement de remise en cause du lieu théâtral à la fois à partir de la thèse de la rupture historique, à travers une critique du théâtre à l’italienne formule du passé, et de la genèse de la formule de l’avenir, en liaison avec une « dramaturgie nouvelle encore à créer ». Cette exigence nouvelle conditionne la naissance d’une architecture théâtrale à repenser si tant est qu’elle soit encore utile, qui faciliterait ces dramaturgies novatrices.
- L'auteur de théâtre
« Après Beckett, je souhaitais un renouvellement des formes. J’ai voulu continuer l’œuvre de Brecht, non dans ses propos ou ses personnages, mais en tant que modèle d’un théâtre épique. Montrer une vraie femme ne m’intéresse pas, je voulais un stéréotype. Maison de poupée est une pièce du XIX° siècle dont l’héroïne symbolise la libération des femmes, un premier pas vers leur indépendance. Il me fallait dire de quelle façon elles ont été trahies, de quelle façon elles-mêmes se sont trahies. J’ai choisi de le faire en utilisant le langage de l’économie, d’exprimer les sentiments avec les mots de l’économie et de parler finance sur le mode du langage amoureux. » Elfriede Jelinek à propos de sa pièce "Ce qui arriva quand Nora quitta son mari", L’Arche De Beckett à Vinaver, un petit abécédaire (non exhaustif !) des écrivains de théâtre.
- La mise en scène
« Comment mettre en scène ? Soit au hasard une réplique n et la réplique suivante n + 1. Commencer par trouver un jeu de scène original sur la n. Il y a de grandes chances pour que, si vous développez ce jeu de scène, la n + 1 vous gêne. Supprimez-la donc. La réplique n, alors, devient idiote, elle balance dans le vide. La supprimer aussi. Garder évidemment le jeu de scène. François Regnault dans "Théâtre-Equinoxes" Quelques livres de généralités sur l'art de la mise en scène, puis le petit jeu (inachevé, inachevable) de l'abécédaire.
- L'acteur
« Le jeu des acteurs ne doit refléter aucune psychologie. Mes personnages sont le réservoir de ma substance, de mes mots. Ils jouent le rôle d’amplificateurs de la langue. Cette langue très travaillée doit être prononcée avec naturel et interprétée comme un vaudeville, une pièce burlesque. Je fais se rencontrer des idées, mes personnages sont des stéréotypes, des porteurs de langage, ils portent des seaux comme des porteurs d’eau sur un champ de bataille et s’en aspergent les uns les autres. Ils n’existent que tant qu’ils parlent et disparaissent lorsqu’ils ne parlent plus. » Elfriede Jelinek à propos de l’interprétation de son théâtre.
- Regards critiques
« Le critique dramatique n’est ni plus ni moins qu’un journaliste. Il lui appartient seulement de donner son sentiment, lequel, fondé sur des arguments ou inspiré par son humeur, revient à dire à ses lecteurs si le spectacle qu’il a vu est à ses yeux bon ou mauvais. » François Regnault dans Théâtre-Equinoxes « De quel lieu tenter de dresser un panorama de la mise en scène d’aujourd’hui ? Et en quel moment précis ?… L’écart est décidément considérable entre les gardiens de la tradition et les praticiens d’aujourd’hui qui ne remettent pas seulement en question la place du texte dans le processus de création mais la place même et la fonction…du metteur en scène ! » Jean-Pierre Han dans Théâtre Aujourd’hui n° 10


