Les chapitres de ce dossier :
- Histoire d'une vie
« Moi je venais des camps et des forêts, d’un monde à l’image même de l’absurde, où rien ne m’était étranger. » Aharon Appelfeld
- Une littérature de l'absurde et des prodiges
- Sur Appelfeld
Jalons biographiques
- Aharon Appelfeld est né en 1932, à Czernovitz, en Bucovine (alors rattachée à la Roumanie) d’une famille de la petite-bourgeoisie juive germanophone : ses parents sont des juifs assimilés prospères ; ses grands-parents, un couple de paysans dont la spiritualité simple le marque à jamais. Importance des villégiatures pastorales et des vacances d’été dans les Carpates, mais aussi véritable bain langagier : l’allemand, sa langue maternelle ; le yiddish de ses grand-parents ; le ruthène de cette Bukovine où il grandit ; le roumain imposé par le gouvernement ; plus tard l’ukrainien, un peu de russe, d’autres dialectes encore glanés ici et là. « … ma tête bourdonnait de langues, mais à la vérité je n’en avais pas une à moi ».
- « Une enfance dans l’Holocauste » : A l’âge de 8 ans, il est déporté avec son père Michaël (sa mère, Bounia, a été assassinée aux tout débuts de la guerre) dans un camp de Transnistrie : il s’en échappe quelques mois plus tard, et se réfugie durant 3 années dans les forêts ukrainiennes, trompant la vigilance antisémite (« heureusement pour moi j’étais blond… ») et souffrant la brutalité obtuse des paysans pour lesquels il travaille. « Des années aveugles pour les enfants »…
- En 1944, il est finalement libéré par l’Armée Rouge, pour laquelle il fait le coursier – puis vagabonde jusqu’en 1946 dans toute l’Europe : notamment les côtes italiennes, règne des trafics au marché noir, mais aussi, enfin, de l’air et de l’eau.
- En 1946, après avoir embarqué sur un bateau, il gagne la Palestine, d’abord sur les plages de Tel-Aviv, parqué dans le camp d’Atlit avec les autres émigrants par les Anglais. Le jour il travaille dans les kibboutzim, les camps de jeunesse, les écoles agricoles ; la nuit il se soumet à la rude discipline de l’hébreu, de la Bible, des poèmes de Bialik. Il arpente ce pays fébrile où chacun tente de renaître comme Juif : « A tous les coins de rue, des haut-parleurs tonnaient : ‘Plus jamais comme des moutons à l’abattoir’. Je désirais très fort trouver ma place dans cet élan grandiose, prendre part à l’aventure qu’est la naissance d’une nation ».
- Les années de service militaire (1950-1952), sur les bases de Tzrifin, Beit Lid, Hatzerim, furent de solitude et de désolation : il se réfugie dans son journal, « un journal bègue et pauvre ».
- A la recherche d’un judaïsme authentique : de 1952 à 1956, Appelfeld étudie à l’Université hébraïque, où enseignent notamment Martin Buber ou Gershom Scholem. Il s’initie dans les années 50 à Kafka et Camus, aux classiques hassidiques, à la littérature hébraïque, est l’élève de Dov Sadan ou du poète yiddishisant Leib Ruchman, se rapproche d’Agnon, futur prix Nobel de littérature. Il enseignera à son tour.
- Son premier livre, Fumée, reçut en 1962 un accueil critique favorable : « Appelfeld n’écrit pas sur la Shoah mais sur les marges de la Shoah. Il n’est pas sentimental, il est tout en retenue ». Et quand parut son court roman Comme la pupille de l’œil, Gershom Scholem en personne lui dit : « Appelfeld, tu es un écrivain. ». Il est aujourd’hui l’auteur de près d’une trentaine de romans traduits dans le monde entier, dont 9 à ce jour en France. Il a reçu le prix Médicis étranger 2004 pour Histoire d’une vie.
- Il vit aujourd’hui à Mevasseret Zion, près de Jérusalem, avec sa femme Judith. Il est père de 3 enfants, 2 fils et la benjamine Batya. Citons encore Histoire d’une vie : « Les gens de ma génération ont très peu parlé à leurs enfants de leur maison, et de ce qui leur était advenu pendant la guerre. L’histoire de leur vie leur a été arraché sans cicatriser. Ils n’ont pas su ouvrir la porte qui menait à la part obscure de leur vie, et c’est ainsi que la barrière entre eux et leurs descendants s’est érigée. » Gageons que, mieux que d’autres, les livres d’Appelfeld ouvrent la porte sur la part obscure (mais aussi prophétique ?), bref ce mystère rendu normal – selon le mot de Max Kidoushin – de la terrible vie juive au 20°s.
Une langue inachevée et impersonnelle pour l'impossible écriture de soi
| Histoire d'une vie Appelfeld, Aharon, Points, 2005 Collection : Points |
6.10 € | |
« Ce n'est pas un livre qui pose des questions et y répond. Ces pages sont la description d'une lutte, pour reprendre le mot de Kafka, une lutte à laquelle toutes les composantes de mon âme prennent part : le souvenir de la maison, les parents, le paysage pastoral des Carpates, les grands-parents et les multiples lumières qui abreuvaient alors mon âme. Après eux vient la guerre, tout ce qu'elle a détruit, et les cicatrices qu'elle a laissées. Enfin les longues années en Israël : le travail de la terre, la langue, les tourments de l'adolescence, l'université et l'écriture. Ce livre n'est pas un résumé, mais plutôt une tentative, un effort désespéré pour relier les différentes strates de ma vie à leur racine. Que le lecteur ne cherche pas dans ces pages une autobiographie structurée et précise. Ce sont différents lieux de vie qui se sont enchaînés les uns aux autres dans la mémoire, et convulsent encore. » Aharon Appelfeld
|
||
Traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti. Prix Médicis (roman étranger) 2004. |
||
9782020837941
|
||
| L'histoire d'une vie Appelfeld, Aharon, Editions de l'Olivier, 2004 |
19.80 € | |
" Aharon Appelfeld a dix ans lorsqu'il s'évade du camp de concentration. Il se réfugie dans la forêt, survit grâce aux marginaux voleurs, vagabonds, prostituées qui le protègent. Nous sommes en Roumanie, à la frontière de l'Ukraine, en 1942. À la fin de la guerre, après plusieurs années d'errance, Aharon Appelfeld s'embarque pour la Palestine. Sa solitude est totale, son désarroi absolu. Quelques grands aînés lui ouvrent le chemin. Grâce à Gershom Scholem, il comprend qu'il est porteur d'un héritage, celui du judaïsme européen, et que son refus équivaudrait à un suicide. Grâce à Max Brod, il découvre Kafka : une écriture sèche, débarrassée du « kitsch allemand » ; et surtout une description rigoureuse de ce qu'il a vécu, lui, pendant la guerre, et qu'il ne peut formuler avec des mots. Aharon Appelfeld deviendra l'un des plus grands écrivains juifs de notre temps. Pourtant, il récuse avec énergie le statut d'« écrivain de la Shoah » dont on a voulu l'affubler. Il n'a jamais voulu être un chroniqueur. Il lui a fallu en effet se forger une langue et créer un monde bien à lui pour accéder à la vérité intérieure qui est l'objet même de sa recherche. Une langue péniblement arrachée au silence, puis au bégaiement, nourrie du yiddish qu'il apprend tardivement cette « langue sacrée » que parlaient ses grands-parents, et qu'il n'avait pas le droit d'utiliser à la maison, lorsqu'il était enfant. À la fin des années 80, Philip Roth découvre cette oeuvre avec émerveillement. Il comprend qu'il est en présence d'un écrivain exceptionnel, proche de Kafka et de Bruno Schulz par sa puissance et sa singularité, et fait de lui l'un des personnages de son roman, Opération Shylock. En France, Pierre Belfond, puis les Éditions Gallimard ont tenté dans le passé de l'imposer, sans y parvenir. Si nous reprenons aujourd'hui le fil de ce travail interrompu, c'est parce que nous sommes convaincus que l'oeuvre d'Aharon Appelfeld est, enfin, devenue audible. C'est nous qui n'étions pas prêts à recevoir ces livres empreints d'une terrible douceur, et qui nous parlent, comme on murmure à l'oreille, d'un monde qui n'a jamais cessé d'être présent. Quatre ouvrages paraissent simultanément : deux de ses plus beaux romans, Le Temps des prodiges et Tsili, dans la collection « Points » au Seuil. Et deux inédits, Histoire d'une vie et L'Amour, soudain aux Éditions de l'Olivier. Dans Histoire d'une vie, Aharon Appelfeld nous livre des fragments qui sont autant de clefs pour la compréhension de son oeuvre : souvenirs de sa petite enfance à Czernowitz, en Bucovine. Portraits de ses parents, des juifs assimilés, et de ses grands-parents, un couple de paysans dont la spiritualité simple le marque à jamais. Puis des scènes brèves, d'une violence inouïe, visions arrachées au cauchemar de la déportation et de l'extermination. Vient ensuite l'arrivée en Israël, et l'élaboration progressive de son oeuvre. L'Amour, soudain est un roman d'amour qui met en scène un écrivain vieillissant et malade et une jeune fille inculte est une confrontation permanente entre le proche et le lointain, l'identification et la distanciation, la vie quotidienne et la métaphysique. À l'arrière-plan de cette idylle entre le vieil homme et l'orpheline qui prend soin de lui comme d'un bébé, c'est toute la vie de l'auteur qui se déroule en accéléré, traversée par le thème de la politique, et particulièrement du communisme. Pourtant, cette méditation sur l'Histoire n'est là que pour nous ramener au coeur même de l'oeuvre d'Aharon Appelfeld, dans une confrontation avec cette présence divine que connaissaient les « Juifs Célestes » des Carpates dont il sait si bien nous parler." L'éditeur |
||
Traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti. Prix Médicis 2004 Revue de presse : "On n'a jamais mieux dit ce que sont la perte d'humanité et sa reconquête, ce que sont la déréliction et l'amour de la vie." Geneviève Brisac - - Le Monde - 01/01/2007 |
||
9782879294391
|
||
| L'héritage nu Appelfeld, Aharon, Editions de L'Olivier, 2006 |
10.10 € | |
Ce recueil se veut un témoignage sur l'impossibité de trouver une voix après la catastrophe de la déportation. Une déconstruction de l'identité que transcivent au mieux les trois conférences rapportées dans l'ouvrage - conférences dans lesquelles se mêlent des réflexions et des impressions ancrées dans la tourmente d'une enfance durant la Shoah. L'errance à travers l'Europe, le "retour" à Israël, voilà autant de thèmes que reprent Appelfeld dans ses interventions. Le romancier examine les implications émotionnelles et psychiques de l'Holocauste chez les survivants, afin de dire ce que Celan appelait la «langue-de-mort», qui est aussi et avant tout celle du traumatisme. |
||
Traduit de l'anglais par Michel Gribinski |
||
9782879294926
|
||





