Les chapitres de ce dossier :
- La biographie comme matériau
- Vers un théâtre d'armes
L'attention portée à la parole des désaffiliés sociaux devait nécessairement conduire leur récipiendaire à les mettre en voix sur la scène. Bien des "romans" étaient déjà conçus et écrits comme des tragédies à l'antique, où toute une noblesse déchue essaie de se faire entendre et d'obtenir justice.
- Éclectismes
| Quoi faire de son chien mort ? Bon, François, les Solitaires intempestifs, 2004 |
9.00 € | |
Recueil de 5 textes de théâtre, assez courts. «Moi je ne savais pas comment dans ces cas-là on fait. Je ne m'étais jamais trouvée à marcher dans une rue avec un chien mort dans les bras. Vous faites ça souvent, vous? J'étais allée là où on allait pour le soigner, les vaccins, et quand deux ans plus tôt une voiture, là, au même carrefour, l'avait heurté et qu'il s'était traîné ainsi le bassin. On avait bien cru le perdre, tiens. Et la voiture ne s'était même pas arrêtée. Repartie en tournant à droite. Quand on tourne à droite on ne voit pas ce qui est là tout près du sol: un enfant, ç'aurait été pareil. Vous vous seriez arrêté, vous?» |
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9782846811057
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| Quatre avec le mort Bon, François, Verdier, 2002 |
10.30 € | |
Trois personnages, un homme et deux femmes, présents en continu sur le plateau. Tout se déroule autour de l'événement tragique qui donne à la pièce son unité de temps: la nuit de veille d'un proche, avant que les invités rejoignent la famille pour la cérémonie d'incinération. La mort est derrière, dans la chambre mortuaire. Surintensité des perceptions, de la remémoration, exacerbation de ce qui les relie l'un à l'autre. Dans cette mise à nu, pour tenter de continuer, chacun franchit une étape, va à sa limite puis reprend sa place initiale, mais pas tout à fait. Avec Racine en exergue, l'écrivain a recréé la langue de la tragédie classique sans en faire une imitation : le vers est libre mais les voix ici sont théâtralisées dans la syntaxe même. Dans le huis clos mortuaire, les trois personnages tombent les masques et sortent les griffes : jalousies, reproches détissent les liens de la famille, du mariage et de l'amitié et finissent par atteindre à la nudité de l'humain, celle dans laquelle finalement les morts s'endorment. |
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9782864323488
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| Pour Koltès Bon, François, les Solitaires intempestifs, 2000 |
8.99 € | |
L'auteur a pu croiser une fois l'auteur dramatique Bernard-Marie Koltès, en 1988. Marqué par sa voix et son regard, il lit et relit ses textes et y découvre des indications formelles vitales, résonant avec ses propres préoccupations théâtrales. Citant Quai Ouest "Puis il m'arracha mon nom et le jeta dans l'eau de la rivière avec les ordures" Bon écrit "Où donc le théâtre seul fait advenir que dans la nomination elles soient réellement rivière et ordures supposées". Comme Koltès, François Bon n'embarasse pas son théâtre de longues considérations sensées amener le spectateur au cœur du sujet, "le principe d'intelligibilité est absent comme dans les tragédies grecques, l'histoire est censée être connue d'avance. Il suffit de lire Une part de ma vie pour constater que Koltès était parfaitement conscient de toutes ces difficultés conceptuelles au moment où il les affrontait -et notamment la question du temps."
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9782912464590
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| Impatience Bon, François, Minuit, 1998 |
12.00 € | |
Œuvre de transition entre roman et théâtre, Impatience pose la scène d'un théâtre comme seule réalité, mais un théâtre fictif où "de façon non synchrone", des voix se font entendre, des silhouettes apparaissent, sans s'incarner réellement, n'échappant pas à l'abstraction de leurs apparitions récurrentes dans la ville, fantomatiques : "l'homme, la femme, le philosophe tressaillant des comptoirs, les trois acteurs, l'homme des rêves, l'imprécatrice (celle qui a basculé), l'errante, l'homme de la rue". Recensant les voix d'une colère, l'écrivain ne trouve pour leur expression que le mode de la théâtralité, de la dramatisation, à la limite de la caricature parfois. Pas d'illusion de la représentation ici, mais, de l'impossibilité d'écrire la ville, l'élaboration du livre comme une scène, de ciment nu, avec en son centre un plateau noir, cerné par l'absence de décor. Dispositif noir: les mots n'ayant plus à charge de représenter ne deviennent plus que les vecteurs de la colère, ne servent plus qu'à délimiter un espace neutre, séparé, anonyme. Dans l'abstraction, l'expression tourmentée d'une impatience, d'une urgence. Un livre qui ne serait pas écrit. Un simple lieu, où crier.
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9782707316257
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| Parking Bon, François, Minuit, 1996 |
12.50 € | |
Au départ, c'est une fiction pour un acteur seul, diffusée sur Arte. Un homme a vécu avec une fille et l'a laissée avec deux enfants. Il a tenté sa chance sur les routes, pour devenir finalement gardien de nuit dans un parking de grande ville. «Tu es seul, personne ne viendra lever la trappe où tu es. C'était une vie terne à buter chaque pas pensais-tu dans des murs, et trop encombrés. On a des prétextes pour s'équiper parce qu'il faut bien un frigo et une table, un lit pour y dormir qu'on choisit beau parce qu'il était beau de décider d'y dormir ensemble. Et quoi, il faudrait se priver même sur le peu de plaisir qui demeure? Ecoute, je parle pour toi : tu recommençais au matin le bus et l'usine était-ce si terrible au fond ou pire que le lot commun. Cette impression seulement, que la place qu'on a sur terre ils vous la font payer quand bien même elle n'est pas ce qu'on souhaite.» |
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9782707315526
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| Calvaire des chiens Bon, François, Minuit, 1990 |
13.42 € | |
Calvaire des chiens s'offre à plusieurs lectures, chacune s'enrichissant des autres. L'"histoire" elle-même est assez simple dans sa structure générale: un écrivain français est recruté comme scénariste par une société de production cinématographique allemande, afin de travailler en équipe avec un scénariste et un réalisateur de Berlin sur un film dont les acteurs sont des deux nationalités. Il propose un scénario inspiré d'un fait divers qui l'avait marqué autrefois: un village perdu des Cévennes est livré aux chiens abandonnés là par leurs propriétaires peu scrupuleux à un couple chargé de les accueillir. Dépassé par le nombre et miné par ses propres contradictions identitaires et sentimentales, le couple finit par livrer les animaux à eux-mêmes et la jeune femme disparaît. Le roman est en fait le récit du repérage que l'équipe accomplit dans ce village au profit d'un film qui finalement ne verra pas le jour. |
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9782707313515
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