Les chapitres de ce dossier :
Ilse Aichinger
Née dans une famille de divorcés, d'un médecin juif et d'un professeur, Ilse Aichinger connaît très tôt le sentiment de l'insécurité. La mère perd son travail avec la guerre, juste avant que sa famille ne soit décimée dans les camps d'extermination. Tandis que la soeur jumelle d'Ilse arrive à fuir vers l'Angleterre, Ilse quant à elle mettre un terme à ses études et travailler dans l'armée allemande.
Dès 1945, elle publie Le Quatième but, premier texte sur la guerre qui fait fureur à l'époque. Si elle reprend ses études de médecine, sa vocation d'écrivain lui prend tout son temps. En 1947, elle arrête sa formation pour sortir Un plus grand espoir. Sa carrière est lancée. Dès 1951, elle intègre le Groupe 47, dont elle recevra le prix l'année suivante pour sa nouvelle intitulée «Histoire de miroir».Quelques années plus tard, elle rencontrera l'écrivain Gunter Eich au sein du groupe, qui deviendra son mari. Ses récits s'éloignent de plus en plus du réel, et se veulent au fil du temps marqués par une aspiration au surréalisme.
| Un plus grand espoir Ilse Aichinger, Verdier, 2007 |
20.00 € | |
Traduit par Uta Müller et Denis Denjean.
Ilse Aichinger est née à Vienne en 1921 où elle n'aura jamais connu le sentiment d'être chez elle. Enfant, elle avait toujours su sans le savoir que la fin était en vue. Naître lui avait donné d'emblée ce dont il lui faudrait apprendre à se séparer : une sœur jumelle, Helga, un père et une mère d'origine juive qui, sept ans plus tard, vont divorcer. Mais c'est « à proximité immédiate de la fin », pendant la guerre et l'extermination de sa grand-mère et de toutes ses tantes sous le nazisme, que Vienne cessera définitivement pour elle d'être une ville réelle pour devenir un paysage suspendu aux yeux de l'enfance, un point limite entre ciel et terre, entre vie et mort, rêve et réalité. Un plus grand espoir, unique roman rédigé en 1945, à l'âge de vingt-quatre ans, est l'histoire merveilleuse de la petite Ellen, pourchassée par le nazisme, en quête d'un visa pour l'étranger. Eliza, Eliza, recueil de petites proses publiées entre 1949 et 1965, ressemble à ces jeux d'enfant qui commencent toujours avec des « et si on disait que ». Et si on disait qu'il y aurait des bancs où l'on n'aurait plus le droit de s'asseoir. Et si on disait que ma maison, c'était la cave. Le cimetière, mon jardin public. Et si on disait que ma grand‑mère ne partirait pas dans les camps si je lui demandais de me raconter une histoire. Et si on disait qu'une étoile peut briller en plein jour. Des histoires scandaleusement authentiques comme seuls savent ne pas les raconter les enfants, et certains poètes ou philosophes : Kafka, Celan, Wittgenstein. Une façon de taire ce dont il faut ne pas parler, ce qui doit rester inconcevable, sans nom : la douleur, la mort, l'absence, l'abandon. Une forme de récit à l'image de ce petit âne vert de l'une des nouvelles qui traverse tous les jours le pont pour venir nous voir, dont on en apprend un peu moins à chaque page, pour supporter le moment où il ne viendra plus. Dont on se dit que, même mort, il ne le sera jamais, il fera juste semblant de dormir.
Faire la gamine est tout sauf facile, avait déjà prévenu l'écrivain Robert Walser. C'est, écrit-il, avoir « une conscience si légère, si petite, qu'on la sent à peine ». Ilse Aichinger n'invente rien : « Je décris ce que je vois. » Elle est comme l'était Kafka « ein Augenmensch », quelqu'un de visuel qui voit tout en paysage et en mouvement : voyage immobile sur une boule qui tourne absurdement ou traversée des apparences de l'autre côté d'un miroir terni : « Tout est dans le miroir. Et derrière tout ce que vous faites, la mer est là, verte. Le miroir terni avec ses chiures de mouche te fait demander ce que pas une n'a encore demandé. » Aichinger appartient à cette grande famille d'écrivains qui, traversant une rue ou regardant par une fenêtre, créent un monde où tout peut arriver grâce à une écriture qui oscille entre illusion et démystification. Très tôt distinguée au sein du Groupe 47 aux côtés de Celan et de Bachmann, elle appartient aussi à cette famille plus réduite d'écrivains autrichiens qui ont fait de la littérature après Auschwitz une utopie, un non‑lieu, un art du silence, « Ne pas écrire est ce que je préfère, non pas au sens où l'on serait occupé à autre chose, mais au sens où l'écriture consiste justement, même pas à attendre, à ne rien dire. Écrire et ne rien dire. » Du roman à la petite prose jusqu'au poème, la gamine s'est avancée jusqu'à la frontière ultime du monde qui est la frontière du langage : «La forme n'est jamais née d'une sensation de sécurité, mais au contraire toujours quand la fin est en vue.»
(L'humanité, Christine Lecerf)
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9782864324997
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| Eliza, Eliza Ilse Aichinger, Verdier, 2007 |
23.00 € | |
Avec ses nouvelles hallucinées, Eliza, Eliza est un recueil d'une extraordinaire diversité. Que dire, en effet, de L'homme entravé et de son histoire d'homme attaché qui s'habitue peu à peu à ses liens au point de plus oser s'en défaire? C'est le talent d'Aichinger, d'oser nous dépeindre des situations dont on sait qu'elles vont nous embarquer dans un imaginaire propice à l'identification. S'agit-il d'une allégorie? D'une parabole?
Toujours est-il que le lecteur rencontre à chaque fois le don de la langue, à travers ces histoires parfois kafkaiennes. On pense à la nouvelle ou l'habitant d'un immeuble voit la batisse s'enfoncer chaque jour un peu plus sans qu'aucun de ses voisins ne semble s'en émouvoir. Que dire, également, du récit mettant en scène les personnages d'un tableau publicitaire qui semble s'animer? C'est qu'Aichinger traque la vie jusque dans l'infime, le minuscule, au-delà des apparences et dans l'insoupçonné. |
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9782864325000
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Heinrich Böll
Originaire de Cologne, Böll se mobilise très tôt contre les forces allemandes d'Hitler. S'il est mobilisé et intégré au bataillon, il sera fait prisonnier par les forces américaines. A la libération, il finit sa formation de libraire et poursuit ses études d'allemand à l'université, avant de devenir écrivain à plein temps.
Très vite, il se met à fréquenter le Groupe 47 aux côtés de Bachmann. Il gagne d'ailleurs le prix du groupe en 1951 pour Les Brebis galeuses. Opposé à la guerre froide, n'hésitant pas à accueillir Soljenitsine lorsqu'il est explulsé d'URSS, il prit durant des années des prises de position courageuses qui lui valurent de nombreux ennuis. Il laisse aujourd'hui un héritage controversé, dans la mesure ou beaucoup lui reprochent son moralisme et son émotivité.
| L'honneur perdu de Katharina Blum Heinrich Böll, Seuil, 2007 |
4.95 € | |
Gouvernante chez un avocat, Katharina Blum est une jeune fille de 27 ans sans histoires. Pourtant, son chemin va croiser celui de Ludwig Götten, un criminel en cavale dont elle va tomber éperdument amoureuse. Lorsqu'elle décide d'héberger le malheureux, elle ne se doute pas encore de la calomnie à laquelle vont l'exposer les journalistes qui couvrent l'affaire, pas plus qu'au sort réservé par les policiers qui s'emparent de l'évènement pour faire un exemple. Oeuvre cruelle et amer, L'honneur perdu fut adaptée au cinéma en 1975 par Margarethe von Trotta et Volker Sclöndorff. Le prix Nobel de littérature envisagea ce récit comme une réponse à l'acharnement du Bild Zeitung après une série d'articles que l'écrivain avait écrit à l'encontre de la presse à sensation. |
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9782020291590
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| Les enfants des morts Heinrich Böll, Seuil, 2001 |
6.95 €
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Traduit de l'allemand par Blanche Gidon
Dans Les Enfants des Morts, Böll s'interroge sur le visage des parents de Martin et Henri. Dans une Allemagne vaincue par la guerre, la reconstruction s'avère plus difficile que jamais. Tués à la guerre, les ancêtres stigmatisent la faillite identitaire d'un pays en perte de repères. Ce roman a obtenu le prix du meilleur livre étranger en 1955.
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9782020490740
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| Portrait de groupe avec dame Heinrich Böll, Seuil, 1995 |
7.95 € | |
« Les gens qui ont reçu une éducation, une formation chez nous, se caractérisent par une absence de langage. » Toute sa vie Böll lutta contre cette sclérose du langage par l'ordre dominant, bien-pensant et petit-bourgeois. Portrait de groupe avec dame entre dans cette démarche de dénonciation et de sapement de l'ordre établi.
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9782020259194
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Wolfgang Hildesheimer
Né le 9 décembre 1916 dans une famille juive de Hambourg, fils d’un ingénieur-chimiste, Wolfgang Hildesheimer étudie le dessin avant de suivre une formation de décorateur de théâtre. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il émigre en palestine où il subsitera en tant que professeur d'anglais. A la fin du conflit, il est nommé interprète au procés de Nuremberg. Parallèlement à cela, son oeuvre littéraire dresse le constat de l'échec des valeurs humanistes.
Essentiellement connu comme dramaturge, Hildesheimer est également un grand romancier. Prenant une part active aux réunions du Groupe 47, il se méfiera beaucoup du moralisme de Böll, qu'il voyait d'un mauvais oeil. Toute sa vie, il restera attaché à dénoncer le rôle joué par l'art et la culture dans l'asservissement idéologique du fascisme notamment. Il meurt en 1991 en Suisse, laissant derrière lui une oeuvre considérable, aussi bien critique que romanesque.
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Masante Wolfgang Hildesheimer, Verdier, 1999 |
15.00 € |
Traduit de l'allemand par Uta Müller, Denis Denjean L'action se situe près d'Urbin, en Italie. Le narrateur vient de quitter sa maison de Masante pour s'installer à Meona. Là-bas il n'y a plus rien. Même le temps est aboli dans ce "lieu provisoire et millénaire aux confins du désert". S'il est venu là pour réfléchir sur son passé et le sens de l'existence, l'homme comprend bien vite, en écho à la sentence adornienne, qu'il n'est plus possible de se laisser porter par le fil d'une histoire après le désastre d'Auschwitz.
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9782864323006
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L'Oiseau Toc Wolfgang Hildesheimer, Gallimard, 1969 |
6.00 € |
Paru en 1953 en Allemagne, L'oiseau toc restera à proprement parler l'un de ses seuls roman. Il s'agit de la critique de l'instrumentalisation d'un faussaire afin de créer virtuellement le peintre classique qui manque cruellement à l'histoire de l'art national. Ce récit qui s'ancre dans un état imaginaire dénonce le lien qui subsiste entre l'art et l'idéologie dominante, soit la culture mise au service du pouvoir. |
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9782070270828
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Gunter Grass
Personnage très controversé, Gunter Grass est né le 16 Octobre à Danzig, en Pologne. Engagé volontaire dans les Waffen SS de l'armée allemande durant l'année 1944, il sera fait prisonnier de guerre à la libération, avant d'être libéré deux ans plus tard. Très engagé politiquement, il est le chef de file d'une mouvance d'extrême gauche qui se veut farouche opposante à l'impérialisme américain. Socialiste de la première heure, il adoptera des positions souvent radicales, comme à l'occasion de la chute du mur de Berlin, lorsqu'il s'opposera officiellement à la réunification, au motif d'une préservation nécessaire de l'héritage socialiste de la République Démocratique Allemande.
Après des débuts difficiles comme romancier, il rejoint le Groupe 47 en 1955. Mais il faudra encore attendre quatre ans pour connaître la célébrité avec Le Tambour, qui sera adapté avec succés au cinéma par Volker Schlöndorff.
Fait prix Nobel en 1999, l'intelligentsia reconnaîtra en lui l'un des fers de lance de sa génération.
| Le tambour Günter Grass, Seuil, 2007 |
8.50 € | |
Traduit de l'allemand par Jean Amsler présentation Jean-Pierre Lefebvre
Roman phare de Gunter Grass, Le Tambour raconte l'histoire d'Oscar Matzerath qui renonce à grandir le jour de ses trois ans.
Sous ses allures d'enfants, Osar a la perspicacité d'un adulte. Aussi ne manque-t-il pas d'égratigner ceux qui font l'Histoire au travers des guerres, comme ce fut le cas à Dantzig de 1924 à 1950. Dévoilant un univers grotesque et mystérieux, ce roman raconte avec une acuité et un lyrisme sans précédents l'humanité prise au piège sous les cadavres du nazisme.
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9782020314305
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| En crabe Günter Grass, Seuil, 2004 |
7.00 € | |
Traduit de l'allemand par Claude Porcell
Voici l'histoire entre passé et présent du paquebot Wilhelm Gustloff, navire portant le nom d'un haut-dirigeant nazi et emblème de la conscience collective d'une Allemagne encore hantée par les spectres de l'Histoire.
Tour à tour navire de plaisance pour les travailleurs puis navire-hôpital pendant la Seconde Guerre mondiale, il servit à l'évacuation de civils lors de l'avancée de l'Armée rouge mais fut torpillé. Parallèlement à cette histoire, le roman raconte les tribulations d'un jeune garçon originaire d'Allemagne de l'est dans envoyé par sa mère dans un lycée de Berlin Ouest. Bientôt, les deux récit vont se toucher pour ne former plus qu'une seule réflexion sur la cohérence d'une pensée nationale où Weimar côtoie Buchenwald, ainsi que se plaît à le rappeler Grass. |
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9782020685337
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Martin Walser
Né à Wasserburg en 1927, Martin Walser est un écrivain à l'aura sulfureuse. Volontiers polémique, l'homme bénéficie d'une solide formation d'universitaire. En 1950, il soutient une thèse sur l'oeuvre de Franz Kafka, avant de s'engager sur la voie d'une carrière littéraire. Très engagé, il se prononcera également contre la guerre du Vietnam et dénoncera l'«instrumentalisation de l'Holocauste» aux lendemains du désastre d'Auschwitz. Réaffirmant la nécessité de tourner la page afin de reconstruire, Walser se fait taxer de néagationniste par tout un pan de l'intelligentsia qui ne lui pardonnera pas ses prises de position.
En 2002, il provoque une sorte de Bataille d'Hernani à l'Allemande avec la sortie de la Mort d'un critique, oeuvre dont la trame s'appuie sur le meurtre d'un critique littéraire dans lequel beaucoup verront Marcel Reich-Ranicki, également confrère au sein du Groupe 47.
| Mort d'un critique Martin Walser, Ed. des Syrtes, 2006 |
20.00 € | |
Traduit de l'allemand par Sylvie Taussig À la manière d'un thriller, le roman de Walser met en scène la disparition de Roi-Desaulneurs, un critique superstar de la télévision aux intempérances pamphlétaires célèbres dans le milieu. Sur le banc des accusés, Jean Ris dont le dernier opus avait été écorné par l'acariâtre contempteur de la littérature. Dès les premières lignes, le lecteur est happé par les trouvailles linguistiques dont regorge le récit. Prenons par exemple Jean Ris, " Hans Lach " en allemand, dont le nom ressemble au Hans Sachs des Maîtres chanteurs de Wagner. Et le nom de Roi-Desaulneurs (" Ehrl-König ") insiste ironiquement sur la suffisance du critique. Aussi, si le nom de Jean Ris le prédestine à la joie, le sort le condamne maintenant à pleurer, puisqu'il est en prison pour un crime qu'il prétend ne pas avoir commis. Quant au destin fait au dramaturge allemand Wedekind, il est également décalé puisque Walser en fait le personnage chargé d'obtenir les aveux de Jean Ris. Le nom propre fonctionne donc par antiphrase dans le roman. Ce travail sur la langue, Walser l'accomplit dans la continuité du projet du Groupe 47 mouvement littéraire qui tentait de recréer une nouvelle littérature allemande aux lendemains de la guerre. Car outre Bachmann ou Heinrich Böll, Walser a fait partie du cercle et en a gardé un fabuleux sens critique. C'est ainsi que Landolf refuse de croire son ami Ris capable d'avoir attenté à la vie du fielleux présentateur. Commence alors une longue enquête qui le mènera à étudier à la loupe toutes les strates du monde de l'art, quitte à égratigner l'image d'Epinal véhiculée par les institutions.
En dévoilant la superficialité de la mise en scène des messes télévisuelles, le récit se rapproche de l'état des lieux de la culture autrichienne donné par Thomas Bernhard dans Maîtres anciens. Dans les deux cas, la satire est féroce, dénonçant les égarements d'un microcosme artistique narcissique. Le tableau sur lequel se clôt le récit de Ris stigmatise ainsi la dévoration culturelle à venir. Sorte de vision nocturne, il représente un monde saturnien, figure qui, dans le mythe, mange ses enfants. " Ejaculation-orgasme. Appliqué à la littérature : Hemingway s'est trompé quand il a prédit qu'il y aurait de plus en plus de critiques et de moins en moins d'écrivains. Avec la civilisation E-O, l'écriture se répandit dans certains cercles à la manière d'une épidémie. Cela rendit les critiques plus importants qu'ils n'avaient jamais été ". Celui dépeint par Walser est pathétique, avec son recueil de citations et sa pusillanimité. Mais comme le note sardoniquement sa correctrice : "il n'est pas nécessaire d'être Don Quichotte pour voir en Roi-Desaulneurs un moulin à vent ". Les masques tombent un à un, tandis que l'intrigue se complexifie lorsque le narrateur découvre que Ris à un alibi. Et l'épouse du critique de revendiquer la paternité du crime.
Dans cet imbroglio où tout le monde a une bonne raison de le détester, on peine à démêler le vrai du faux. Comme si Walser voulait rééduquer le lecteur dans son rapport à l'image. Le roman souligne ainsi l'empressement médiatique à exploiter l'information au prix d'un sensationnalisme outrancier et dangereux. La cabale dont est victime Jean Ris en donne une énième preuve, funeste pressentiment au haro qui allait être lancé sur l'oeuvre de Martin Walser. Et si Mort d'un critique se situe aux confins du roman policier, il a aussi le goût de la farce propre aux satires réussies. Car la spécificité de Walser réside certainement dans sa conception de l'écriture volontairement âpre et rugueuse, refusant le " slalom au milieu du politiquement correct " comme il l'avoue lui-même.
(Benoît Legemble, Le Matricule des Anges)
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9782845451285
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Peter Handke
| La Leçon de la Sainte-Victoire Peter Handke, Gallimard, 1985 |
9.50 € | |
Traduit de l'allemand par Georges-Arthur Goldschmidt
Voici une incursion au coeur du paysage qui inspira la célèbre toile de Cézanne. Au gré des descriptions, à mesure que le narrateur avance, se confronte aux sentiers, la vérité s'impose comme une évidence. Un voyage introspectif que propose un Handke jamais aussi inspiré. |
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9782070703647
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| J'habite une tour d'ivoire Peter Handke, Bourgois, 2007 |
7.00 € | |
Traduit de l'allemand par Dominique Petit
Paru en 1967, le célèbre texte J'habite une tour d'ivoire restera dans les mémoires comme un hommage au pouvoir de transfiguration de la littérature, en même temps qu'une attaque à l'encontre de la mouvance réaliste.
C'est sur ce second point que s'assure la cohérence du recueil, qui regroupe un ensemble de textes divers, passant du sérieux à une étude du rire, du théâtre de Brecht aux films régionaux. Avec, en prime, le texte de Handke datant de la session de 66 du Groupe 74 à Princetion - session qui vit s'affirmer un Handke farouche opposant au réalisme, manifestant l'évidence d'un positionnement hors des modèles classiques de narration. Une prise de position qui ne lui valut pas que des amis... |
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9782267018936
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| A ma fenêtre le matin : carnets du rocher, 1982-1987 Peter Handke, Verdier, 2006 |
22.80 € | |
Traduit de l'allemand par (Autriche) Olivier Le Lay
Le rocher en question, c'est Salzbourg. Au cours des cinq dernières années passées dans la ville de Mozart et Thomas Bernhard, Handke a amassé les notes et les états d'âmes, les réflexions comme les interrogations, pysiques ou métaphysiques. Le résultat est contenu dans ces carnets composés à la manière de mosaïques dans lesquels l'écrivain évoque son enfance comme son avis sur l'actualité avec pudeur et subtilité. |
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9782864324683
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Peter Weiss
Marqué par une destinée tragique, Peter Weiss est né le 8 Novembre 1916 à Nowawes, près de Berlin. Très touché par la mort de Margit, une de ses soeurs, en 1934, l'écrivain sera hanté par cette vision d'horreur dans son oeuvre. Quelques années plus tard, il fuit le nazisme à Londres, puis en Tchécoslovaquie et en Suède. Au cours d'un été passé en Suisse, en 1937, il recontre son idole littéraire, Hermann Hesse. En 1958, il perd en moins d'une année ses deux parents, ce qui le plongera dans une profonde mélancolie. Il rejoint le Groupe 47 en 1962, quelques mois avant de s'atteler à l'écriture de sa célèbre pièce Marat-Sade.
A partir de 1965, son travail est récompensé par les prix Lessing, Heinrich Mann. Suivront notamment une création sur Hölderlin et l'Esthétique de la résistance, oeuvre en plusieurs volumes. Il disparaît le 10 mai 1982.
| Le duel Peter Weiss, Melville, 2007 |
15.00 € | |
Traduit de l'allemand par Alban Lefranc préface de Mathieu Bénézet
Quand il ne reste rien de l'amour, rien d'autre que l'attachement et les rancunes, l'habitude et la sensualité, quand l'étincelle première a basculé sans embraser le coeur et sa tendresse ne restent que les corps enlacés comme des duellistes sur un ring, les esprits dressés comme des cobras dans un cercle de feu feu de glace selon Peter Weiss, dans l'une de ses premières fictions qui nous parvient inédite, au terme d'une double et longue traduction, puisque la version d'origine, datant de 1951, fut écrite en suédois, puis traduite en allemand en collaboration avec l'auteur en 1972. Tout comme Le Duel oscille entre deux langues, entre deux dates de naissances, Grégor hésite entre deux femmes : Léa, femme de verre aux élans mortifères, transparente, coupante, Janna, femme de terre, ancrée, puissante, aux yeux larges et profonds, amante d'Inez.
Entre ces quatre personnages auxquels se greffent de temps en temps la figure torturée de l'exclu, le père de Janna, le mari de Léa se déroulent les étapes d'une lente et douloureuse confrontation à l'incertitude, de soi, de l'autre et de ses sentiments, ou encore de sa disposition ou sa capacité à être avec l'autre. C'est un décor de neige et de blanc, comme une feuille sur laquelle Weiss n'aurait écrit qu'une partie du texte, blanc rehaussé par le rouge de la passion et du sang. (Lucie Clair, Le matricule des Anges) |
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9782915341416
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| Marat-Sade Peter Weiss, Arche éditeur, 2000 |
11.43 € | |
Traduit de l'allemand par Jean Baudrillard
Weiss imagine une confrontation entre Sade l'individualiste et Marat le révolutionnaire.
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9782851814647
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