Coetzee, John Maxwell

Une très grande œuvre dont on doit la reconnaissance dans l’Hexagone à l’attribution du prix Nobel, en 2003. Une œuvre radicale, marquée par Beckett, qui s’appuie sur une critique de la société Sud-Africaine pour atteindre des couches bien plus profondes qui mettent en jeu toutes les perversités de la nature humaine, notamment dans la relation maître-esclave. Il faut y voir bien davantage que la énième dénonciation de la colonisation et de la discrimination raciale.
La fin de l'apartheid n'a pas enterré la révolte de John Maxwell Coetzee mais a contribué à orienter sa pensée vers une réflexion plus large sur la littérature, son efficacité dans un monde dominé par la marchandisation des idéaux.
Les chapitres de ce dossier
- Repères biographiques
John Maxwell Coetzee, tout en ne cachant pas sa biographie, la juge sans intérêt et préfère renvoyer à ses écrits. Il refuse les interviews et mène une vie qu’il qualifie lui-même de «typique de la classe moyenne ordinaire». Deux textes autobiographiques, Scènes de la vie d’un jeune garçon, et Avant l’âge d’homme démentent ce raccourci un peu abrupt. La vie de John Maxwell Coetzee, son adolescence et ses années de formation sont d’un grand intérêt et élargissent la compréhension de l’œuvre écrite.
- L'apartheid, colonialisme extrême
La façon dont Coetzee a parlé de l'apartheid, dont il a analysé le phénomène, en fait ressortir l'universalité. L'apartheid a été un fondamentalisme raciste sans état d'âme, on oserait dire sans hypocrisie, presque naïf. Le radicalisme de Coetzee a consisté en un démontage du phénomène qui en a fait ressortir toutes les implications: le racisme qui en est le substrat n'est pas qu'un phénomène politique mais le résultat d'un accord tacite entre maître et esclave, pacte noué sous le regard de la presse, de l'armée, de la police, des églises, de l'institution carcérale, de l'armée, de l'Occident, etc. Le phénomène apartheid est le plus vieux démon de l'humanité dans un costume folklorique aux couleurs locales. Coetzee a de la même façon dénoncé toutes les oppressions, toutes les formes d'injustice et d'inégalité qui, à l'époque avaient besoin de la situation « exemplaire » de l'Afrique du Sud pour mieux se dissimuler et être plus digestes...
- La littérature aussi est un champ de bataille
Il a su voir dans la littérature, dans les grandes œuvres, les attaques qu'elles ont subi, un champ de forces où le combat se poursuivait entre les valeurs d'égalité, de solidarité et les forces d'autodestruction, le couple antagonique propre à l'espèce humaine. Certains auteurs ont cette conscience à vif (Dostoïevski, Beckett) d'autres l'expriment à leur insu, tel Daniel Defoe, l'inventeur de Robinson et de Vendredi.


