Gaddis, William

L’œuvre du plus grand génie du roman américain du XXe siècle, William Gaddis (1922-1998), tient en cinq romans tous plus réjouissants les uns que les autres. Les lecteurs ne se doivent qu’une chose : s’engouffrer dans cette écriture audacieuse, jugée hélas, trop longtemps et à tort, illisible et trop compliquée.
Les chapitres de ce dossier
- Au sujet de son œuvre
De sa vie, l’on ne connaît que peu de choses, mais qu’importe ! William Gaddis n’est pas de ces écrivains dont la biographie sert d’argument de vente. C’est pourquoi nous nous intéresserons ici à l’histoire de ses publications et aux essais qui leur ont été consacrées.
- Cinq romans, cinq chefs-d’œuvre
Par «l'excès» de ses constructions d'intrigues foisonnantes, Gaddis passe l'Amérique au crible d'une satire implacable. L'écriture puise sa formidable énergie dans les discours figés qu'elle attaque de front. Virtuosité vertigineuse des dialogues et puissance du style jusque dans la ciselure du détail, font une œuvre profondément originale, magistrale. La surinterprétation universitaire dont cette œuvre est l'objet ne rend pas compte de la beauté tragique, de la poésie, de l'émotion qui y sont présentes tout du long. Gaddis s'est employé à renouveler les formes narratives du roman anglophone en privilégiant la transcription littéraire des discours oraux. Des centaines de discours arrivent simultanément à la conscience des personnages. La même phrase rendra compte d'une conversation, de ce qu'y rajoute la télé, la radio, le téléphone, les journaux, de ce qui se passe dans le jardin (un arbre, un écureuil, le vent...), dans la nature inaccessible qui vit et prolifère pour son propre compte. L'espace disponible pour l'échange immédiat se réduit et les personnages n'ont même plus le temps de terminer leurs phrases, au lecteur de le faire en l'absence de «béquilles narratives» : dit-il, répondit-elle, demanda John... Paroles mutilées, désirs avortés, souvenirs d'une enfance plus heureuse sont passés à la moulinette de ce grand bruit de fond, les protagonistes sont tous devenus des anges déchus.


