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Les chapitres de ce dossier :

  • Une vie mouvementée

    Née en Perse, installée au Zimbabwe à l’âge de 6 ans et vivant en Angleterre depuis ses 30 ans, Doris Lessing est une sorte d’émigrée paradoxale, qui a vécu de l’intérieur la vie dans les anciennes colonies du Royaume. De là, peut-être, son inlassable combat pour la cause des femmes, des droits des plus faibles, de la justice pour tous et de la liberté de créer ?

  • Une œuvre riche et polymorphe

Eléments bio-bibliographiques

- Née Doris May Taylor le 22 octobre 1919 à Kermanshah, en Iran (alors Perse), de parents anglais. Son père, Alfred Taylor, est employé à la Banque Impériale de Téhéran, sa mère infirmière.

- Elle n’a que 6 ans quand sa famille s’installe, en 1925, dans une grande ferme isolée en Rhodésie du Sud (aujourd’hui Zimbabwe), alors colonie britannique, dans l’espoir d’y faire fortune dans l’exploitation d’une plantation de maïs, tabac et céréales. Jugeant impitoyablement la colonie blanche, Doris Lessing n’en gardera pas moins toute sa vie la nostalgie des grands espaces vierges sous le soleil, cadre de son recueil de Nouvelles africaines (1980) ou de La Madone noire (1988).

- Pensionnaire (dans la plus pure tradition anglo-saxonne) d'une institution religieuse qu'elle supporte mal, la jeune Doris est aussi en opposition constante avec sa mère. Elle va très tôt manifester une prédilection certaine pour l’indépendance : elle quitte définitivement l'école à 15 ans, pour travailler comme jeune fille au pair, aide-soignante, puis, à 18 ans, comme standardiste à Salisbury, capitale de la Rhodésie du Sud.

- Dès 1938, premières expériences d’écriture en sus de ses travaux alimentaires : publication de quelques articles et de deux nouvelles dans des journaux sud-africains.

- À 19 ans, elle épouse un fonctionnaire, Charles Wisdom, ils ont deux enfants, mais, en 1943, elle les quitte et rencontre peu après un émigré juif allemand, militant communiste, Gottfried Lessing, qu’elle épouse en deuxièmes noces en 1945 et dont elle aura un fils, Peter. De nouveau divorcée, elle part vivre à Londres en 1949 avec son garçonnet, emportant avec elle le manuscrit de son premier roman. Elle décroche un emploi de secrétaire qu'elle abandonne après le succès de The Grass is singing (Vaincue par la brousse), inspiré de son expérience africaine. Publié en 1950, le roman connaît un grand succès en Angleterre et sera suivi en 1952 d'un recueil de nouvelles, This was the Old Chief's Country (Nouvelles africaines).

- Comme maints écrivains britanniques, elle est alors très engagée politiquement, militant activement contre la course à l’armement nucléaire qui hypnotisait la géopolitique des grands blocs ; elle soutient le Parti communiste jusqu'au XXe congrès et l’invasion soviétique en Hongrie en 1956. Ses désillusions se lisent dans Retreat to innocence (1956) et surtout dans Le Carnet d'or (1962), où l'auteur revient sur les diverses phases de son espoir révolutionnaire déçu.

- En 1956, après un séjour dans la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland où elle interroge comme journaliste le premier ministre sud-rhodésien Garfield Todd et le premier ministre fédéral Godfrey Huggins, elle est interdite de séjour dans toute la fédération et en Afrique du Sud - interdiction qui durera officiellement jusqu’en 1995. Elle retournera toutefois en Rhodésie, par incursions, dans les années 80.

- La consécration littéraire interviendra en 1962, avec Le carnet d’or, best-seller international (prix Médicis étranger en France, en 1976) qui la propulse, à son corps défendant, icône du féminisme mondial. Les années suivantes verront Doris Lessing ferrailler au cœur des débats littéraires et sociaux de son temps : condition féminine, anti-colonialisme, lutte contre l’apartheid. Elle se passionnera également pour la psychanalyse jungienne, le soufisme et l’interprétation des rêves.

- En 1981, pour dénoncer la difficulté d’accès à l’édition des jeunes auteurs, elle se livre à une supercherie littéraire, en publiant 2 romans sous le pseudonyme de Jane Somers : ils sont refusés par la plupart des éditeurs ! CQFD.

- Elle revient en Rhodésie du Sud, devenue le Zimbabwe, en 1982, en 1988 et en 1991. En 1995, elle constate la dégradation de la situation sociale du pays, mais fait encore confiance à Robert Mugabe. En 1995, âgée de 76 ans, elle visite l'Afrique du Sud pour voir sa fille, ses petits-enfants et promouvoir son autobiographie. Au début des années 2000, pour la première fois, elle dénonce le régime dictatorial du président Mugabe. Elle est de nouveau déclarée indésirable au Zimbabwe.

- L’âge aidant peut-être, le pessimisme inhérent à ses premières œuvres s’adoucit, sans rien céder à une quelconque naïveté. Derrière ses yeux clairs, la phrase reste acide et cruelle pour ses ennemis : qu’il s’agisse de Tony Blair – « un petit homme, à tous les sens du terme » - ou des féministes, « ces femmes devenues horribles avec les hommes » à qui elle s’en prend en 2001, lors du festival du livre d'Édimbourg : selon elle, « après avoir fait une révolution, beaucoup de femmes se sont fourvoyées, n'ont en fait rien compris. Par dogmatisme. Par absence d'analyse historique. Par renoncement à la pensée. Par manque dramatique d'humour ». En sorte qu’elle reste toujours controversée dans les pays anglo-saxons qui n’aiment guère se voir dans son miroir.

- Elle vit aujourd’hui dans la banlieue londonienne. Le 11 octobre 2007, déjà couverte de récompenses internationales (dont le Prix Prince des Asturies en 2001), elle se voit attribuer le Prix Nobel de Littérature - elle qui avait été si souvent citée par le passé avant de disparaître de la liste des favoris. L'Académie suédoise choisit de récompenser « la conteuse épique de l'expérience féminine qui, avec scepticisme, ardeur et une force visionnaire, scrute une civilisation divisée ». À près de 88 ans, elle est la 11° femme lauréate depuis 1901, et l'écrivain le plus âgé à recevoir le prix.

 

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"Dans sa peau" : oeuvres (directement) autobiographiques

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Dans ma peau, Autobiographie, vol 1 : 1919-1949
Doris Lessing, Albin Michel, 2007

24.00

Examinant avec la précision d'une entomologiste les 30 premières années de son existence - de la Perse à l'Angleterre, via la Rhodésie -, l'auteur nous fait partager ses émois et ses découvertes de fillette, puis de jeune femme. De l'éveil de sa conscience politique à ses déboires conjugaux, toute la vie de Doris Lessing semble gouvernée par le refus - du compromis, de l'autorité, du piège - et placée sous le signe de l'indépendance et de l'engagement passionné.

 

Trad. Anne Rabinovitch

 

9782226182166

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La marche dans l'ombre, Autobiographie, vol 2 : 1949-1962
Doris Lessing, Albin Michel, 2007

24.00

En 1949, Doris Lessing arrive à Londres avec son fils de 2 ans et demi, Peter. L'Afrique et la maison de son enfance sont désormais des souvenirs. Elle a pour seul bagage le manuscrit de son premier roman. C'est là une période charnière de la vie de l'auteur, mais aussi de l'Histoire du XXe siècle. La jeune fille dont parlait Doris Lessing dans le premier volet de son autobiographie a grandi. La voici, misérable, dans le Londres des années 50, défiguré par les bombardements, hanté par la guerre froide. Elle y mène une vie de bohème, se lie à Tony Richardson ou Arnold Wesker, rencontre des leaders d'opinion tels Bertrand Russell ou Henry Kissinger. À mi-chemin entre le documentaire et le fictif, le récit intime et l'histoire sociale, un témoignage irremplaçable sur le parcours d'une combattante.

 

 

Traduct. Anne Rabinovitch

9782226182173

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« Ecrire son autobiographie »
Doris Lessing, Gallimard, 2007

16.00

Un article éclairant, issu d'une conférence remaniée parue dans une livraison d'Oxford University Press, en 1998.

 

 

Trad. Isabelle D. Philippe

9782070786299

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Sur Doris Lessing

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La vérité par le mensonge
Mario Vargas Llosa, Gallimard, 2006

18.00

Un chap. élogieux sur Doris Lessing : "Le carnet d'or des illusions perdues" (pp. 328/336)

9782070773824

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De petits enfers variés
Christine Jordis, Seuil, 1989

21.20

cf. au chapitre 5 portant sur « L'expérience des disparitions » (également consacré à Angela Carter), le texte sur Doris Lessing, pp. 165-175, intitulé « La vraie révolution, ce sont les femmes contre les hommes ». Christine Jordis écrit notamment : « Certaines œuvres sont tout entières issues de la subjectivité profonde de celui qui les écrit. Elles sont d'abord une confession de soi, des nostalgies, rêves ou désirs enfouis, hantises et peurs inavouables ; elles ne dépassent les frontières d'un tel genre que par la plongée qu'elles impliquent aux plus extrêmes limites de l'être ; par là, elles rejoignent le fonds commun de l'expérience humaine. On pourrait dire de l'œuvre de Doris Lessing qu'elle se situe précisément aux antipodes d'une telle démarche. Qu'à la différence de ces textes qui ont su capter l'angoisse du vivant, elle est tout entière tendue vers l'intelligibilité du monde. Et que s'il s'agit d'atteindre l'universel à travers le particulier - car tel est bien le but visé - ce ne sera pas la conséquence d'une lente et douloureuse descente en soi, mais l'effet d'une recherche consciente et dirigée à laquelle va correspondre le recours à un genre littéraire déterminé, proche du réalisme traditionnel ; les mots sont reconsidérés dans leur relation avec le réel, au delà des significations couramment admises, mais non, certes, réinventés ».

 

 

9782020109437

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