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Du Vietnam à Paris - et autres exils littéraires...

- Linda Lê est née en 1963, à Dalat, au Vietnam. Un père ingénieur originaire du nord, travaillant pour les Américains, peintre avorté et « perdant magnifique ». La mère appartient à une famille aisée qui a été naturalisée française en 1930, et pour qui semblent compter par dessus tout les valeurs matérielles.

- Dès 1969, la petite tribu rejoint Saïgon pour fuir la guerre. La jeune fille suit des études au lycée français, dévore Victor Hugo et Balzac. Les relations entre les parents se détériorent.

- En 1977, Linda Lê s'exile en France, d’abord à Sarcelles puis au Havre, avec sa mère, ses soeurs et sa grand-mère. La vie se fait pour elle de plus en plus littérature. Bac en poche, elle monte à Paris, rencontre Cioran à 18 ans (il lui offre les Confessions d’un mangeur d’opium et lui parle de La Nonne militaire d’Espagne, de Thomas de Quincey). Deux ans passés en khâgne à Henri IV, rate Normale Sup, études à la Sorbonne.

- Son premier roman, Un si tendre vampire paraît en 1986 à La Table ronde alors qu'elle est à peine âgée de 23 ans. Depuis, elle a retiré ses trois premiers textes de sa bibliographie, n’y reconnaissant plus sa patte, tout au juste les vocalises qu’on attend d’une débutante, « métèque » de surcroît.

- Le succès critique vient avec « Les Evangiles du crime » (1992), unanimement salué par la presse, et confié à Christian Bourgois auquel elle est restée fidèle. Ce sont déjà les thèmes du double, du suicide, de l’exil intérieur. « A partir de là, j’ai su que tout, absolument tout, devait être sacrifié pour l’écriture ».

- En 1995, apprend la mort du père, resté au Vietnam : Les Trois Parques, Voix et Lettre morte formeront une trilogie du deuil, de la trahison et de la perte. Graves hallucinations, paranoïa, tentative de suicide, destruction de manuscrit, hospitalisation.

- Comme son titre l’indique, la publication des Aubes (2000) semble marquer une forme peut-être plus douce d’écriture, moins imprécatoire et rageuse, plus élégiaque. A été parolière de Jacques Dutronc. Passée ponctuellement au théâtre, à la critique et aux exercices d’admiration littéraire où elle relit les auteurs aimés, elle poursuit depuis une œuvre exigeante et sans concession.

- « Ecrire c’est s’exiler. En écrivant, vous n’avez plus de toit, juste le ciel comme abri et c’est cette nudité devant les choses que vous aimez. Un écrivain ne peut écrire qu’en se sentant un enfant trouvé, un bâtard. Etre le fils de personne, d’aucune patrie, c’est pour moi la seule attitude possible. Je crois que l’on ne reste en vie que si l’on manifeste un désir de résistance à tout très ancré en soi. Une résistance à tout ce qui ne vous paraît pas relever de la beauté, de la vérité. Je refuse de faire cause commune. Comme Thomas Berhnard. »

 

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