Sarraute, Nathalie

Nathalie Sarraute fut sans vergogne rattachée, quasi de force, au groupe dit du Nouveau Roman, pour sa simple présence sur la célèbre photo qui réunissait tous ses membres devant le siège des éditions de Minuit et pour son premier livre, Tropismes, réédité chez cet éditeur.
En fait la quantité d'eau passée sous le pont d'Alma depuis, permet de mesurer tout l'artifice d'un tel étiquetage.
L'essai qui la rendit célèbre à l'université, le fameux l'Ère du soupçon, doit plus être entendu comme un travail personnel expliquant ses propres choix que comme le monument fondateur dudit Nouveau Roman.
Nous verrons par exemple que «tropisme» en tant que «genre discursif» aurait dû conduire sa conceptrice au silence complet alors qu'il fut le moteur de l'une des proses les plus originales du XXe siècle, que Nathalie Sarraute (1900-1999) épousa complètement…
Les chapitres de ce dossier
- Vie de Nathalie Sarraute (1900-1999)
Née et morte avec un siècle dont elle vécut les convulsions au plus près -Révolution de 1917, guerres mondiales, antisémitisme, guerres coloniales, mouvements contestataires et agitation culturelle, etc.- Nathalie Sarraute a choisi de n'en rendre compte qu'au travers d'une réfraction dans l'intimité des personnages qu'elle a campés au roman comme au théâtre. On l'a dite politiquement peu engagée. La relecture du moindre texte montrera c'est exactement le contraire et que la radicalité de sa critique survit et survivra là où bien des pamphlétaires subissent l'usure de la date et du temps. Sa vie apparemment si «sage», si discrète de mère et d'épouse cache une exigence morale, artistique et poétique qui a mûri bien loin des scandales et des feux de la rampe, un travail colossal pour s'arracher à la contingence des tropismes littéraires… et médiatiques. Nos hommages Madame.
- Le roman: faire du neuf avec du vieux
Le roman ne peut plus présenter de personnages cohérents et indépendants après Joyce, Woolf et, oserait-on dire, après les découvertes de la physique du XXe. Un être biologique doué de la parole est un champ traversé par des discours arrangés en réaction à l'entourage, perceptions et sensations. Amibe armé de mots, attelé à survivre par tous les moyens (séduction et prédation tour à tour, pour le même but), tel est selon elle l'être humain dans la société du XXe siècle. On ferait difficilement plus radical. Si la forme romanesque et la fiction surnagent encore dans la composition d'un livre c'est pour les mêmes raisons qu'il faut quatre bords à une peinture à deux dimensions.
- Ça peut aussi faire théâtre
«Elle brisait volontiers sa solitude d’écrivain en se consacrant au théâtre. Bonheur du texte dit, de l’écoute du phrasé simple, de la musique particulière de ses textes à la limite du monologue intérieur, du dialogue et de la parole errante.» Michèle Gazier.
- La critique de l'œuvre
Le critique, tel que l’imagine Nathalie Sarraute, exploite son commentaire afin d’afficher son adhésion à un groupe quelconque. Il n’opère jamais seul (et c’est par là qu’il diffère de l’écrivain pour qui la solitude est essentielle). Il fait toujours partie d’une bande -ou bien il aspire à se faire accepter par un groupe quelconque. Si bien que proférer un jugement critique c’est, aux yeux de Nathalie Sarraute, signaler son appartenance à un groupe. On ne saurait y voir que des mots de passe permettant au critique d’être dans le bain qui ne servent nullement à éclairer les œuvres auxquelles elles paraissent pourtant se référer. Pas rancuniers les critiques! il ont fait d'elle l'une des écrivaines les plus commentées, de l'hebdo culturel à l'université…


