Sontag, Susan
"Quand je reconnais que tout m'intéresse, que dis-je d'autre, sinon que je veux voyager partout ?"
N'aimant rien tant qu'être partout "une étrangère", des campus radicaux d'Amérique à l'Europe lettrée (l'Italie, Paris où cette francophile a souhaité être inhumée) en passant par les pires théâtres de la guerre (Hanoï, Sarajevo), la romancière, cinéaste, dramaturge et essayiste Susan Sontag (1933-2004) avait fait de la mobilité universelle de l'esprit, et du courage, un art de vivre. Une de nos dernières humanistes, elle fut l'honneur, et la conscience critique d'une certaine gauche américaine.
Les chapitres de ce dossier
- Une grande intellectuelle : Sontag ou la volonté de (tout) savoir
Le plus impressionnant sans doute, chez Susan Sontag, fut le caractère touche-à-tout de son intelligence, sa curiosité universelle, son inlassable libido sciendi - appétit de savoir, de comprendre, de juger. En cela, elle fut au sens plénier une « intellectuelle » - espèce rare sous les latitudes nord-américaines. On connaît ainsi la variété de ses goûts, et compétences, en matière culturelle et esthétique : elle a écrit sur tout - les écrivains, le cinéma, la danse, etc. ; et son essai de 1977 Sur la photographie, premier du genre (avant La Chambre claire de Barthes), est resté un classique. Mais les hasards de la vie, comme les déterminations de son esprit, l’ont menée sur des fronts autrement difficiles, muant chez elle l’esthète camp en une inlassable activiste pro-Droits de l’homme (lutte humanitaire aujourd’hui prolongée par son fils, le journaliste David Rieff) : songeons à la maladie, à quoi elle fut exposée ; et à la guerre, à quoi elle s’exposa. Quelques essais aigus portent ici trace de l’intense présence au monde de Sontag.
- La femme de lettres
Susan Sontag ne fut pas seulement l’essayiste féconde et influente qu’on sait : elle fut aussi une écrivaine de talent. In America reçut le prestigieux National Book Award ; et, parce que ses pièces de théâtre, par exemple Alice in Bed ou Lady from the Sea ne sont pas encore traduites en France, on connaît moins ici son activité de dramaturge (plus connu en revanche l’épisode de sa mise en scène d’En attendant Godot, de Beckett, montée sous le tir des snipers dans Sarajevo assiégée). Elle a été aussi une « ambassadrice » littéraire, une passeuse internationale, faisant connaître aux USA le turc Orhan Pamuk, l’allemand G.W. Sebald, ou le yougoslave Danilo Kis. Une ogresse de lecture : sa bibliothèque personnelle, dans son appartement de la 24° Rue à Manhattan, comprenait quelque 25000 volumes ! Parmi ceux-là, et bravant le ridicule, nous osons extraire ici une... petite dizaine de ses livres préférés : parce qu'ils nous paraissent encore trop peu connus du grand public ; et parce qu'elle en fait recension dans le magnifique recueil critique Where the stress falls, traduit à titre posthume chez Christian Bourgois sous le titre : Temps forts. Au fait, y eut-il jamais des temps faibles dans la vie de Susan Sontag ?


