Volodine, Antoine

Antoine Volodine construit l’une des œuvres majeures de la littérature contemporaine en langue française. Elle devrait s’imposer comme telle avec une évidence criante malgré les tentatives de brouillage dont elle est victime : on n’en finit pas de chercher à la faire entrer de force dans telle ou telle catégorie. Un défi à la critique contemporaine sans doute, mais pas au lecteur qui devrait y trouver le plaisir rare que donnent la poésie, le rêve, la clarté et la puissance des thématiques aussi bien qu’un humour d’autant plus convaincant qu’il est dissimulé.
Rencontre
Vendredi 22 octobre de 18h à 20h en collaboration avec le théâtre Garonne : rencontre avec Antoine Volodine et ses hétéronymes Lutz Bassmann et Manuela Draegger – autour des romans : Écrivains (Seuil), Onze rêves de suie (L’Olivier) et Les Aigles puent (Verdier). A 19h15, lecture à trois voix par l’auteur et deux comédiens de Lato Sensu Muséum, sous la direction de Christophe Bergon.
Les chapitres de ce dossier
- L'homme et l'œuvre : un bloc
- Pas d'erreur, il s'agit bien de littérature
«Il y a un continuum romanesque, un univers romanesque qui se bâtit titre après titre, avec des principes de cohérence qui sous-tendent la fiction, qui sous-tendent ses thèmes récurrents, sa logique culturelle schizophrène, et avec les techniques narratives qui conviennent pour traiter ces thèmes. L'édifice obtenu reste imparfait, puisqu'il est encore en chantier aujourd'hui, mais on peut déjà le situer dans le paysage contemporain. Il se construit plutôt «en dehors» des filiations traditionnelles, à l'écart, sans, du reste, chercher à établir des relations conflictuelles avec la littérature existante. Il ne s'inscrit pas dans un projet subversif contre le main stream officiel ou contre les désolantes, les nombreuses reculades artistiques et escroqueries contemporaines. J'affirme mon droit à la différence, le droit d'explorer comme je l'entends un petit territoire d'exil, loin des écoles, loin des académismes marchands, loin de tout. Baptisons post-exotique la production littéraire issue de ce territoire des bas-côtés. Par dérision et désespoir, dans Lisbonne, dernière marge, certains écrivains clandestins que je mettais en scène se réclamaient de la «littérature des poubelles». «Le vocable «post-exotique» a l'avantage de pouvoir être manié avec moins de précautions, on le choisira donc une fois pour toutes. Voilà où se situent mes ouvrages: tantôt dans le fantastique post-exotique, tantôt dans le post-exotisme ordinaire.» (extraits de l'interview donné à Prétexte. Volodine aimerait que l'on considère ses textes comme de la littérature étrangère écrite en français, afin de bien marquer que toute référence à un contexte trop précis dans la culture hexagonale serait à balayer. Le post-exotisme survient là où tout est défait, tout fout le camp, il commence à la phase terminale de l'histoire humaine. Il reste des individus, des vaincus torturés par leur passé, fait de combats perdus, d'amours délités, et quelques tortionnaires qui arrivent encore à leur extorquer des aveux. Cette figure de l'interrogatoire file au long de l'œuvre, elle est le prétexte à déclencher la narration, car chaque héros post-exotique est un écrivain dans l'oral. La forme de chacun de ces fragments a été appelée par leur créateur des narrats, des moments narratifs qui n'ont d'autre avenir que la fin toujours recommencée de celui qui les profère, la répétition de son agonie, peut-être jusqu'à se libérer de l'existence. Plusieurs textes font d'ailleurs référence ouverte au bouddhisme et au passage dans un ailleurs.
- Antoine Volodine et ses hétéronymes
"Jusqu'à aujourd'hui et depuis son invention, Antoine Volodine s'assumait comme porte parole du collectif d'écrivains post-exotiques. Il était comme le surnarrateur de tout le mouvement. De sa plume sont nés des écrivains comme Maria Samarkande ou Jean Vlassenko (dans Vue sur l'ossuaire, Gallimard 1998), mais aussi Ingrid Vogel ou encore Maria Clementi, et Yasar Tarchalski que l'on retrouve dans d'autres romans. Bref toute une galaxie d'écrivains qui ont en commun de partager leur vie dans une prison aux confins de l'histoire (j'y reviendrais...), et que l'on retrouve présentés dans le roman Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze (Gallimard, 1998). Mais depuis ce printemps, les choses ont considérablement changées, un voile vient de se lever sur le monde post-exotique. Manuela Draeger, Elli Kronauer, et Lutz Bassmann prennent une identité et une épaisseur toute nouvelle et depuis leur monde de quatre murs nous font parvenir leurs voix post-exotiques. C'est tout un continent qui apparaît sous nos yeux près de quinze textes viennent s'ajouter à la liste des œuvres de Volodine (presque une bibliothèque de Babel qui apparaît)." Bustos - http://lesruinescirculaires.blogspot.com/


