Williams, William Carlos

Né à Rutherford (New Jersey) où il vécut et pratiqua la médecine sa vie durant, William Carlos Williams (1883-1963) fut dès les années 20 l'un des principaux protagonistes de la révolution moderniste aux États-Unis, aux côtés de son ami Ezra Pound et de quelques autres. Son œuvre abondante, tant en prose qu'en vers, et notamment "Paterson", a eu une influence inestimable sur les générations ultérieures (les Projectivistes, les Beats, l'Ecole de New York, etc.).
Les chapitres de ce dossier
- Le livre : Paterson
Paru en 5 livraisons, de 1946 à 1958, Paterson est sans conteste le " grand œuvre " de William Carlos Williams, et l'une des bornes majeures de la poésie nord-américaine du XXe siècle. Construit autour de la ville ouvrière de Paterson (New Jersey) et suivant le cours métaphorique de la rivière Passaic qui y coule, ce long poème offre le portrait éclaté d'un homme-ville. Vers à la syntaxe tourmentée, collage de proses quotidiennes (coupures de presse, lettres, etc.) : cette épopée poétique désarticulée a inventé une nouvelle prosodie visuelle.
- "Je voulais écrire un poème" (éléments de bio-bibliographie)
« Cette vie en apparence si unie et si sage – puisqu’en un demi-siècle Williams n’aura changé ni de maison, ni de métier, ni d’épouse ! – cache en réalité l’existence torturée d’un passionné et d’un rebelle. Partagé entre des tendances contradictoires, pris entre les exigences de son métier (la médecine) et celles de sa vocation (la poésie), il n’a cessé de se battre contre tout et contre tous, et d’abord contre lui-même » (Jacqueline Saunier-Ollier)
- Un des plus importants poètes américains du XX° siècle
De celui qui souhaitait "écrire au fil de la plume pour que rien ne subsiste qui ne soit vert", on a pu dire : « Ce que Williams voit, il le voit en un éclair. Le processus est simple. Il y a l'oeil et il y a l'objet sur lequel il se pose, tandis que la relation existant entre les deux est un poème ». (Kenneth Burke) Qu'on ne se méprenne pas pour autant, l'accouchement du vers reste chose ardue, de son propre aveu : "Rien n'est plus difficile qu'écrire un poème. C'est une question de dextérité de la main...C'est une sorte d'alchimie de la forme, l'adroite mise en bouteille d'un langage en fermentation."
- Trilogie romanesque
La 1ère incursion de Williams dans le champ du roman fut tout ironique : The Great American Novel est une parodie de ce genre qu'il jugeait alors détestable et "romantique". Avec sa "trilogie romanesque" (Mule Blanche I, II et III), il relèvera pourtant le défi : "j'écrivis un de ces sacrés trucs pour voir ce que je pourrais en tirer". Eh bien, à coup sûr, des pépites : pas seulement l'âpre évocation sociale d'une famille d'immigrants, de 1893 à la veille de la 1ère Guerre Mondiale ; mais aussi le portrait de Joe Stecher, affairiste malgré lui, mais au fond figure solaire et poétique ; surtout, Williams écrit là le roman de... sa propre épouse tout bébé ! Tristesse, donc, de voir ces 3 volumes aujourd'hui épuisés en français : oyez, oyez, éditeurs !
- W.C.Williams : portrait de groupe.
« Dissonance », « divorce », « incommunicado », ces mots qui résonnent tout au long de l’œuvre disent à quel point William Carlos Williams souffrit toute sa vie de l’indifférence qui règne entre les hommes, et aussi sa passion de la communication : pas un hasard si la revue qu’il lance en déc 1920 avec Robert McAlmon s’intitule… Contact. De plus, Williams n’est pas un météorite poétique : il a dit sa dette envers Whitman ; son œuvre fait écho à celle de ses pairs; et il a de nombreux enfants spirituels. Bref, comme Paterson était à la fois un individu et une ville, William Carlos Williams fut une voix singulière en même temps qu’une entité collective. Portrait choral d'un poète.
- Dans l'oeil de la critique
Les exégètes de Williams célèbrent aujourd'hui 3 traits : son "américanisation" du vers, loin de l'européophilie de T.S.Eliot et d'Ezra Pound avec qui il forme pourtant une prestigieuse triade moderniste ; sa conviction que que rien n'est "antipoétique" (une brouette rouge, le chiffre 5 au cul d'une voiture de pompiers dans New York City, un "jeune chat dans les chrysanthèmes"...), bref la beauté cueillie à même le quotidien, dans les poubelles du décor urbain et industriel ; enfin, son inlassable avant-gardisme, transversal à tous les arts (poésie, musique, peinture).


