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Les chapitres de ce dossier :

  • Littérature française

    46, grand cru pour les lettres françaises - moins convalescentes qu’on pouvait craindre, après le trauma de la guerre. C’est l’heure des 1ères gammes pour Raymond Abellio, Claude Simon, ou Jacques Prévert, qui, avec Paroles, fait coup double : coup d’essai et coup de maître ! Surtout, la force de certains textes parus alors, dans des genres très hétérogènes, ne s’est pas démentie : Monsieur Ouine, de Bernanos ; Feuillets d’Hypnos, de René Char ; Miracle de la rose, de Jean Genet ; peut-être aussi le sulfureux J’irai cracher sur vos tombes, de Boris Vian.

  • Littérature étrangère
  • Essais 46
  • Edition & librairie
  • Société, sciences & arts en 1946

Parutions 1946

[ Caricature : Jacques Prévert ]

 

PRINCIPAUX ROMANS, POEMES ET PIECES DE THEÂTRE EDITES EN 1946 :

<DEBUT_TITRE>Raymond Abellio <FIN_TITRE>Heureux les Pacifiques, éd. Le Portulan <FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Arthur Adamov [[Adamov anime en 45-46 une nouvelle revue littéraire, éditée chez le Sagittaire : L’heure nouvelle.]] <FIN_TITRE>L’aveu, Le Sagittaire<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Louis Aragon <FIN_TITRE>La Diane française (poèmes de Résistance, éd. définitive en 46)<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Marcel Arland <FIN_TITRE>Les échanges, Gallimard<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Jacques Audiberti <FIN_TITRE>Monorail, éd. Egloff<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Marcel Aymé <FIN_TITRE>Le Chemin des écoliers, Gallimard<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Simone de Beauvoir <FIN_TITRE>Tous les hommes sont mortels, Gallimard<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Samuel Beckett <FIN_TITRE> Mercier et Camier <LIGNE>Le calmant <LIGNE><FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Georges Bernanos <FIN_TITRE>Monsieur Ouine, Plon (éd. originale Rio de Janeiro 1943)<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Blaise Cendrars <FIN_TITRE>La Main coupée, Denoël<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>René Char <FIN_TITRE>Feuillet d’Hypnos, Gallimard, coll. Espoir <LIGNE>Premières alluvions, éd. Max-Pol Fouchet, coll. L’âge d’or

<FIN_TABLE>

 

<DEBUT_TITRE>Louis-René Des Forêts <FIN_TITRE> Le bavard, Gallimard<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Paul Eluard

<FIN_TITRE>Poésie ininterrompue I, Gallimard <LIGNE>Le dur désir de durer, éd. Arnold-Bordas<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Léon-Paul Fargue <FIN_TITRE>Méandres, éd. du Milieu du Monde

<LIGNE>Poisons, éd. Daragnès<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Romain Gary <FIN_TITRE>Tulipe, Calmann-Lévy<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Jean-Jacques Gautier <FIN_TITRE>Histoire d’un fait divers, Julliard (prix Goncourt)<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Jean Genet <FIN_TITRE>Miracle de la rose, L’Arbalète<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Guillevic <FIN_TITRE>Elégies, éd. Le Point du jour<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Pierre-Jean Jouve <FIN_TITRE>La Vierge de Paris (poèmes de guerre), éd. Egloff<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Patrice de La Tour du Pin <FIN_TITRE>Une somme de poésie, Gallimard<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Michel Leiris <FIN_TITRE>De la littérature considérée comme une tauromachie, Gallimard <LIGNE>Aurora, Gallimard<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Henri Michaux

<FIN_TITRE>Apparitions, éd. Le Point du jour <LIGNE>Ici, Poddema, édité par H.L.Mermod<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Henry de Montherlant <FIN_TITRE>Malatesta (théâtre), Gallimard<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Zoé Oldenbourg <FIN_TITRE>Argile et cendres, Gallimard<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Henri Pourrat <FIN_TITRE>Sous le pommier. Les proverbes de la terre et le commencement de la sagesse, Albin Michel<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>St-John Perse <FIN_TITRE>Vents, Gallimard<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Jacques Prévert <FIN_TITRE>Paroles, éd. Le Point du Jour, coll. Calligraphe<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Michel Robida <FIN_TITRE>Le temps de la longue patience, Julliard, Prix Femina<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Pierre Reverdy <FIN_TITRE>Visages, éd. du Chêne<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Jules Romains [[Achèvement en 1946 de la publication, en 27 volumes, du cycle romanesque fleuve des Hommes de bonne volonté, initiée en 1932. Du coup, Jules Romains est élu à l'Académie française l'année même, au fauteuil 12, succédant à Abel Bonnard (lequel avait été radié l'année précédente pour « indignité nationale » constatée par condamnation judiciaire). Après sa disparition, Jules Romains sera remplacé, en 1973, par Jean d'Ormesson.]] <FIN_TITRE>Les Hommes de bonne volonté, Flammarion<FIN_TABLE>

 

<DEBUT_TITRE>Jules Roy <FIN_TITRE>La Vallée heureuse, éd. Charlot (prix Renaudot)<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Jean-Paul Sartre <FIN_TITRE>Morts sans sépulture et La putain respectueuse, Gallimard (théâtre)<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Claude Simon <FIN_TITRE>Le tricheur, Le Sagittaire (1er roman)<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Philippe Soupault <FIN_TITRE>Journal d’un fantôme, éd. Le Point du jour<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Georges Simenon <FIN_TITRE>Le cercle des Mahé, Gallimard<LIGNE>Les Noces de Poitiers, NRF-Gallimard<LIGNE>Trois chambres à Manhattan, Presses de la Cité<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Paul Valéry † <FIN_TITRE> « Mon Faust », Gallimard<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Vercors <FIN_TITRE>Les armes de la nuit (nouvelle)<FIN_TABLE>

<DEBUT_TITRE>Boris Vian (alias Vernon Sullivan) <FIN_TITRE>J’irai cracher sur vos tombes, éd. du Scorpion<FIN_TABLE>

 

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Echantillons

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Monorail
Jacques Audiberti, Gallimard, 1964

19.02
Indisponible

Peut-être une des premières tentatives du genre « autofiction » , Monorail est un roman à la 3ème personne mais dont le personnage principal (Damase Scrounel) ne nous parle que d'Audiberti, se faisant porte-voix de ses obsessions, de ses angoisses. Comme l'écrit Jean Duvignaud, "Audiberti ne crée pas de personnages à proprement parler, il poursuit un rêve d'obsédé."

9782070203543

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Tous les hommes sont mortels
Simone De Beauvoir, Folio n°533, 1974

7.50

Si l'on nous offrait l'immortalité sur la terre, qui est-ce qui accepterait ce triste présent ? demande Jean-Jacques Rousseau dans l'Emile. Ce roman est l'histoire d'un homme qui a accepté...

Roman à thèse historique, utopique et antihégélien. Au début du 14e siècle, le prince ambitieux et enthousiaste d'une petite cité ducale d'Italie n'hésite pas à boire l'élixir d'immortalité pour tenter d'échapper aux bornes de la condition humaine. Au 16e siècle, il quitte l'ancien monde et découvre des terres nouvelles. Deux siècles plus tard, il revient en France et participe aux insurrections parisiennes de 1830 et de 1848. L'histoire d'une lente mais inexorable désillusion...

 

9782070365333

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Mercier et Camier
Samuel Beckett, Minuit, 1970

11.89

Mercier et Camier s'inscrivent dans la longue lignée des jumeaux littéraires et éclopés magnifiques, émouvants et drôles, tels Don Quichotte et Sancho Pança, Bouvard et Péruchet, plus tard Vladimir et Estragon, ou encore Abel et Bela (de Robert Pinget). Des éclopés qui vont par paire, comme il faut deux jambes pour boîter... Ce roman devait sortir dès 46, année de sa rédaction, chez Bordas (l'éditeur de Murphy), mais le contrat fut dénoncé, et le livre ne sortira qu'en 1970, chez Minuit.

9782707303332

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Monsieur Ouine
Georges Bernanos, Plon, 2004

19.50
Indisponible

Monsieur Ouine, "manière de prêtre de Satan" (A. Béguin) "outre à l'âme pleine de vent" selon l'auteur. Dernier roman et chef-d'oeuvre de Bernanos, M. Ouine constitue le versant sombre d'une montagne dont le versant lumineux s'appelerait Journal d'un curé de campagne. On a dit que ce personnage dont le nom même marque l'incapacité morale, ou le refus, de jamais dire « ni oui ni non » (d'où « oui-ne ») fut inspiré pour partie à Bernanos par l'intelligence toute cauteleuse, à ses yeux, d'un André Gide...

9782259201292

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La main coupée
Blaise Cendrars, Folio n° 619, 1975

6.80

« Comment, vous ne savez pas ? Asseyez-vous... Ce n'était pas encore l'heure du thé. Nous étions seuls dans la boutique. Et tout en me faisant goûter des bouchées au chocolat, grignoter des petits fours et déguster un verre de xérès, la nouvelle confiseuse, qui était veuve de guerre, me raconta avec beaucoup, beaucoup de détails qui avaient tous trait à sa propre situation, comment Claire s'était pendue dans son fournil le jour où un message officiel d'Angleterre lui avait appris la mort atroce de son frère... »

Second volet (1946) des Mémoires de l'auteur (qui compteront L'homme foudroyé, Bourlinguer, Le lotissement du ciel).

 

9782070366194

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Méandres
Léon-Paul Fargue, L'Imaginaire-Gallimard n°407, 1999

8.53

Méandres, publié en 1946, est un texte brillant, subtil, d'une prose pittoresque truffée de trouvailles. Des chroniques s'enchaînent librement, décrivant l'ambiance particulière de Paris à la Libération en 44, et, par un va-et-vient du souvenir, évoquent la ville en 1919-1920 : les fêtes, les rues, les rencontres... Léon-Paul Fargue est un observateur raffiné, il visite son époque en promeneur inspiré : « J'ai tout Paris dans la tête, sous forme de souvenirs ».

9782070756452

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Poisons
Léon-Paul Fargue, Ed. Le Temps qu'il fait, 1991

13.00

" Citerai-je tous les bistros où il me fut donné d'être jeune et heureux, entouré de camarades, de pensées consolantes ou d'épaules de demoiselles ? " Ce livre, publié en 1946 à 220 exemplaires, n'avait jamais été réédité. Il est composé de souvenirs formés " le long de quelque zinc qui joue un si beau rôle de miroir aux alouettes devant tous ceux qui s'accoudent et songent ". Mais aussi de réflexions, de bons mots, d'anecdotes drôles ou graves, d'émotions, recueillis dans les cafés parisiens, " du bouiboui au bel établissement " que l'auteur a également et assidûment fréquentés. Et aussi une galerie de portraits, de types de bistrots, hommes et femmes, êtres animés par la soif d'alcool et d'idéal.

9782868531445

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Le bavard
Louis-René Des Forêts, l'Imaginaire-Gallimard n°32, 1978

7.40

Publié en 1946, remanié lors d'une nouvelle édition en 1963, Le Bavard, pure contamination des mots les uns avec les autres, étend cette contagion avec une rage qui offre peu d'exemples à l'ensemble des protagonistes du drame, gagne à sa cause délétère les figures mêmes de l'auteur et du lecteur, provoquant de la sorte un rare et extraordinaire malaise. Il ramasse de la façon la plus éprouvante et la plus sarcastique la destruction, le saccage, le désir de silence autant que l'envie de perdre et de mourir. Il rappelle à la mémoire les interminables et prodigieux jeux vains, obligatoirement perdants, du désaveu, auxquels la langue dans laquelle il s'enferme oblige parfois, en le terrorisant, un enfant qui fait vœu de se taire. Enfin il révèle un désir plus général et plus obscur : désir d'une médiation pour elle-même, dénuée de toute fin. Véhicule qui ne véhicule plus rien, que rien ne subordonne que lui-même, qui se consomme totalement en soi autant qu'il consume avec intensité les forces qui le sous-tendent. Telle une offrande. Le caractère exemplaire, presque " catégorique ", qu'un tel écrit présente est renforcé par la violence, qu'on peut dire désastreuse, qui le porte. Au sein de ce récit qui reproduit et détruit en effet intensément des textes célèbres de Kleist et de Dostoïevski, c'est la langue même qui se résout en retournant ses armes contre elle-même, qui se porte en avant et s'expose dans le dessein insensé de perdre définitivement la bataille. Qui s'escrime à défaire, à détruire les fonctions dont les sociétés et les cultures la prétendent porteuses. Défi et carnage !

9782070285709

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Tulipe
Romain Gary, Folio n°3197, 1999

4.09

Tulipe, ancien déporté, vit à Harlem, après la guerre, dans un meublé sordide. Il tente de s'arracher à tout ce qui fut et demeure pour lui sacré et de se réfugier dans le cynisme, parodiant ses propres aspirations pour se débarrasser une bonne fois pour toute de sa "belle âme".

Romain Gary était encore jeune écrivain au moment où, visiblement, il a été pris d'une fringale littéraire et a concocté ce petit roman. Proche du théâtre de l'absurde, il nous propose un conte intemporel où ironie et cynisme forment chaque paragraphe. Si racisme, politique, économie et média y sont sévèrement critiqués, c'est bien à la Bêtise que l'auteur s'attaque avec une virulence sans égale, ciselant chaque scène avec un scalpel toujours vif et tranchant.

 

9782070408764

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Miracle de la rose
Jean Genet, L'Arbalète, 1993

14.48
Epuisé

J. Genet évoque ici les souvenirs de sa détention à l'âge de 16 ans à la colonie pénitentiaire de Mettray. C'est un document implacable sur ce bagne d'enfants et le roman de ces adolescents violents et passionnés, condamnés à vivre enfermés dans un univers clos et féroce.

« En quittant la Santé pour Fontevrault, je savais déjà qu'Harcamone y attendait son exécution. A mon arrivée, je fus donc saisi par le mystère d'un de mes anciens camarades de Mettray, qui avait su, notre aventure à nous, la pousser jusqu'à sa pointe la plus ténue : la mort sur l'échafaud qui est notre gloire. »

 

9782902375042

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Aurora
Michel Leiris, L'Imaginaire-Gallimard N°3, 1977

5.80

Rédigée en 1927-1928, publiée en 1946, Aurora, à la fois exploration périlleuse des rêves, longue hallucination du corps des femmes, expérimentation du langage, confiance absolue ajoutée aux pouvoirs de l'imagination, contient en outre le premier en date des récits autobiographiques de Michel Leiris, donné ici sous l'anagramme, si prestigieux, de Damoclès Siriel.

« Comme jadis Rome vouait le supplicié à l'escalier des Gémonies, dans ce tumultueux roman d'amour la langue soumet le narrateur, entre l'avant-dernière marche et la rampe-cordelière, la panoplie et la gravure désuète, le souvenir des livres et la profondeur énigmatique d'un corps, à la libre sauvagerie du nom de l'héroïne. Aurora, fille d'Hypérion, sueur du Soleil, mère des Vents et des Astres, selon les formes que son nom revêt (Eau-RôRâh, OR AUX RATS, Horrora, etc.), décide de la nature des épisodes et des épreuves, et les fait s'enchaîner, bâtissant un tissu de chimères autonomes, où débondent les terreurs comme prolifèrent les mondes, comme s'irritent les désirs. Elle rejoue un sacrifice sans âge : corps sans cesse démembré et réarticulé sans fin, nom unique dont la perte est consommée indéfiniment. »

Un roman de poète. L'oeuvre, publiée en 1946, appartient à la veine surréaliste de l'auteur, lequel a écrit en 1967 que la poésie était son "intérêt majeur".

 

9782070296477

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Ailleurs
Henri Michaux, Poésie-Gallimard n°210, 1986

5.70

Contient Voyage en Grande Garabagne ; Au pays de la Magie ; Ici, Poddema.

Ces trois recueils composés entre 1936 et 1946, petits contes ou songes philosophiques dans la grande tradition de Zadig, des Lettres persanes ou des Voyages de Gulliver, quoique recouvrant une des périodes les plus tragiques de notre Histoire, offrent une liberté de ton et une vivacité paradoxales : plus que jamais Michaux semble s'être retranché dans un ailleurs souterrain et, s'il évoque sans relâche folie, sauvagerie et cruauté, c'est avec une sobriété, une réserve dénuées de tout pathos. Car la langue de Michaux s'imprègne ici d'un classicisme rigoureux. Le style est d'une élégance rare, le vocabulaire d'une inventivité permanente. Ce monde absurde où les images, comme les idées, se retrouvent subverties et retournées, il en grave les lignes à l'acide. Et ne nous livre aucune clé. Moraliste, mais poète d'abord, accumulant les tours de passe-passe il oeuvre en magicien, sourcier patient de songes et de fictions savantes qui nous invitent à dormir les yeux grands ouverts.

 

9782070323623

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Malatesta
Henry de Montherlant, Gallimard-Blanche, 1948

9.15
Indisponible

Malatesta, général intrépide et fin lettré, connaît l'abaissement après la gloire ; il mourra empoisonné, et son oeuvre sera brûlée page par page sous ses yeux. Il verra s'écrouler sa dernière espérance, celle de durer dans la mémoire des hommes. Magnifique portrait théâtral d'un «loup intelligent», sans devoirs, viveur, impie et tout pénétré de piété, fourbe par horreur d'être dupe, loyal par exigence de hauteur, tellement vivant de toutes les vies des hommes et pourtant tellement désarmé, incapable de faire le tour de soi-même et pourtant résolu à s'y enfermer. «C'est moi-même qui serai l'instrument de mon destin, non un autre, s'écrie-t-il.» La mort est partout : le poison et le poignard sont au service de la vengeance, et la haine est celle des époques troublées, celle «qui rend bête». Une fois encore, après Ferrante, après Alvaro, Montherlant se crucifie à sa manière, cette fois-ci dans sa mission d'écrivain, dans sa foi en son oeuvre, dans sa plus profonde raison d'être. Mais ce déchirement, c'est aussi une mise à mort. Une de plus. Mise à mort du besoin de durer dans la mémoire des hommes. Jamais Montherlant n'a été aussi loin au delà de tout. Cette longue confession forme plaidoirie et réquisitoire dans une langue mordante : le héros n'abandonne pas un iota de soi. Là est le dernier mot du drame : «Si j'étais innocent, ce serait horrible, s'écrie Malatesta. Mais j'ai au moins la satisfaction de me dire que je suis coupable. Comme j'ai bien fait de l'être! Vive ma vie!» Il aurait pu dire aussi : vive ma mort !

9782070245680

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Argile et cendres
Zoé Oldenbourg, Folio n°1155, 1979

7.50

Ce roman haletant fait revivre l'époque des croisades, autour de l'histoire du baron Ansiau et de sa femme Aalais. Voyages, amours, meurtres, scènes de moeurs, tournois, morts et naissances se succèdent, recréant le tourbillon d'une époque médiévale troublée dans l'évocation de laquelle Zoé Oldenbourg excelle.

 

« Je suis [...] un écrivain d'Histoire, c'est à dire tourné vers l'Histoire. J'aime le fait historique pour sa beauté propre, en dehors de toute référence au présent (Zoé Oldenbourg, Visages d'un autoportrait, Gallimard, 1977). Zoé Oldenbourg, née à Saint-Pétersbourg en 1916, est venue en France à l'âge de neuf ans. Elle a été peintre avant de devenir romancière et historienne. Elle a reçu le prix Femina en 1953 pour La Pierre angulaire et a été appelée à siéger dans le jury qui l'avait couronnée, ainsi que dans le jury du Grand Prix du Roman de la ville de Paris.

Son œuvre d'historienne et de romancière a été souvent inspirée par le Moyen Âge : Argile et cendres qui la fit immédiatement connaître d'un large public (1946), La Pierre angulaire (1953), Le Bûcher de Montségur (1959), Les Brûlés (1960), Les Cités Charnelles (1961), Les Croisades (1965) et La Joie des pauvres (1970). Zoé Oldenbourg a aussi publié des livres de souvenirs : Visages d'un autoportrait en 1977 et Le Procès du rêve en 1982. Elle sait également être un peintre du temps présent, comme l'a montré La Joie-souffrance qui fait revivre la communauté des Russes exilés à Paris entre les deux guerres. Elle s'est éteinte à Paris en 2002.

 

9782070371556

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Paroles
Jacques Prévert, Folio n° 762, 1976

4.70

« il dit non avec la tête mais il dit oui avec le coeur il dit oui à ce qu'il aime il dit non au professeur il dit débout on le questionne et tous les problèmes sont posés soudain le fou rire le prend et il efface tout les chiffres et les mots les dates et les noms les phrases et les pièges et malgré les menaces du maître sous les huées des enfants prodiges avec des craies de toutes les couleurs sur le tableau noir du malheur il dessine le visage du bonheur »

Entre poésie et chanson, l'inoubliable recueil de Jacques Prévert qui a fondé sa notoriété auprès du grand public et a fait les beaux jours de bien des interprètes. Classique parmi les classiques, le charme puissant de ces courts textes inclassables et vagabonds a de tout temps séduit les plus jeunes comme leurs aînés. Enfin, il n'est pas sans témoigner des séquelles de guerre : « Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là Et tu marchais souriante Epanouie ravie ruisselante Sous la pluie Rappelle-toi Barbara... Oh Barbara Quelle connerie la guerre Qu'es-tu devenue maintenant Sous cette pluie de fer De feu d'acier de sang Et celui qui te serrait dans ses bras Amoureusement Est-il mort disparu ou bien encore vivant... »

 

9782070367627

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La vallée heureuse
Jules Roy, Albin Michel, 1989

14.50

La "Vallée heureuse", c'est le nom que les équipages de la R.A.F. donnaient, durant la Seconde Guerre mondiale et par dérision, à cette vallée de la Ruhr qu'ils allaient pilonner. Jules Roy a immortalisé ces grands moments d'héroïsme et de doute dans ce roman majeur sur les événements militaires de 39-45 "Il n'y a pas de "littérature" dans ce livre grave et fort, mais le message d'un homme qui a été engagé tout entier dans un métier très dur, "le plus dur après celui d'otage", et qui doute et qui craint que tant de courage, tant de sang, tant de camarades perdus soient déjà oubliés." Un des témoignages capitaux sur la conscience tragique de l'époque.

9782226037466

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La P...respectueuse, suivi de Morts sans sépulture
Jean-Paul Sartre, Folio n° 868, 1976

4.70

« Qu'est-ce que tu m'as fait ? Tu colles à moi comme mes dents à mes gencives. Je te vois partout, je vois ton ventre, ton sale ventre de chienne, je sens ta chaleur, dans mes mains, j'ai ton odeur dans les narines. J'ai couru jusqu'ici, je ne savais pas si c'était pour te tuer ou pour te prendre de force. Maintenant, je sais. (Il la lâche brusquement.) Je ne peux pourtant pas me damner pour une putain. »

9782070368686

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Le cercle des Mahé
Georges Simenon, Folio policier n°99, 1999

4.70

Quand, à trente-cinq ans, le docteur Mahé perd sa mère, il décide de changer sa vie, de vivre sans effort, et de retrouver à Porquerolles une adolescente maigre dont l'image hante ses nuits. Cet homme frustré d'autorité a une idée fixe : se faire aimer d'une petite pauvresse qui lui devrait tout...

9782070408214

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Trois chambres à Manhattan
Georges Simenon, LGF, Le Livre de poche n°14277, 2003

5.00

Considéré par l'auteur comme son unique roman d'amour, ce texte raconte la dérive de deux solitudes. Il fut adapté au cinéma par Marcel Carné.

« Faisons fi de toute polémique entourant le nom de Simenon. Grand talent, certainement (!), mais parfois (?), souvent (?), trop (?) guidé par dieu sait quels démons de la facilité! Rien à en cirer! "Trois chambres à Manhattan" fait partie de ces livres qui inspirent (et espérons, créent) des vocations ... d'écriture, entendons-nous bien. Chaque phrase soutient une nouvelle impression, un nouveau sentiment. Les plus grands du courant impressionniste ne pourraient renier le belge Simenon comme étant l'un des leurs. Tout l'art est de susciter, de murmurer, de proposer, pas d'imposer: C'est au lecteur à accepter d'être ballotté de bâbord à tribord, et de tribord à bâbord, d'hésiter, de réviser sa copie à la fin de chaque page, de prendre parti et de se parjurer quelques verdicts plus tard. Laquelle des ses trois chambres est la vérité pour Kay et Frank? Qui donc de Catherine ou François sortira vainqueur de cette rencontre de fortune? Est-ce Kay-Catherine ou Frank- François qui aimera le premier? Une odyssée dans le monde de l'amour (?), où vous êtes juge, acteur, et témoin ... Simenon a composé un ode partial et donc vrai. »

 

9782253142775

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« Mon Faust »
Paul Valéry, Gallimard, 1946

0.00
Indisponible

« Le personnage de Faust et celui de son affreux compère ont droit à toutes les réincarnations. (...) Or, un certain jour de 1940, je me suis surpris me parlant à deux voix et me suis laissé aller à écrire ce qui venait. J'ai donc ébauché très vivement, et - je l'avoue - sans plan, sans souci d'actions ni de dimensions, les actes que voici de 2 pièces très différentes, si ce sont là des pièces. Dans une arrière-pensée, je me trouvais vaguement le dessein d'un 3ème Faust qui pourrait comprendre un nombre indéterminé d'ouvrages plus ou moins faits pour le théâtre : drames, comédies, tragédies, féeries selon l'occasion : vers ou prose, selon l'humeur, productions parallèles, indépendantes, mais qui, je le savais, n'existeraient jamais... Mais c'est ainsi que de scène en scène, d'acte en acte, se sont composés ces trois quarts de Lust et ces deux tiers du Solitaire qui sont réunis dans ce volume. »

9782070105755

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Les armes de la nuit et la puissance du jour
Vercors, Points-Seuil n°327, 1997

6.50

« Quand, pendant l'été 1945, l'auteur assista au retour des déportés, ce n'est pas l'envie d'écrire, c'est l'envie de hurler qui lui fit composer Les Armes de la nuit. Et quand, cinq ans plus tard, sous le titre de La Puissance du jour, il entreprit d'en écrire la suite, c'est (comme il le fait dire à son héros) parce qu'il lui fallut constater avec horreur et angoisse que « le monde des hommes n'a pas compris encore le danger qu'il a couru ». Que ce danger subsiste. Et que celui qui a la chance d'être tant soit peu écouté n'a pas de plus pressant devoir que de tenter de se faire entendre. » [ Vercors ]

Préface de Pierre Daix, écrivain et résistant clandestin à l'intérieur de camp de Mauthausen.

 

9782020306997

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J'irai cracher sur vos tombes
Boris Vian, Bourgois, 2003

18.00

Publié sous le nom de Vernon Sullivan, prétendu auteur américain, ce roman longtemps introuvable est un véritable réquisitoire contre l'Amérique, refusant la fiction du "bon noir" qui mérite la tolérance paternaliste des Blancs ; au lieu de quoi il propose l'itinéraire triomphant et solitaire de Lee Anderson qui accomplit jusqu'au bout son devoir de vengeance.

Lee Anderson, 26 ans, a quitté sa ville natale pour échouer à Buckton où il devient gérant de librairie. Il sympathise dans un bar avec quelques jeunes du coin. Grand, bien bâti, payant volontiers à boire, Lee, qui sait aussi chanter le blues en s'accompagnant à la guitare, réussit à séduire la plupart des adolescentes. Un jour il rencontre Dexter, le rejeton d'une riche famille qui l'invite à une soirée et lui présente les soeurs Asquith, Jean et Lou (17 et 15 ans), deux jeunes bourgeoises avec "une ligne à réveiller un membre du Congrès". Lee décide de les faire boire pour mieux les séduire... et poursuivre son sinistre dessein. Ecrit à la suite d'un pari (canular littéraire et thriller sur le racisme ?), cet excellent pastiche de roman noir fut jugé à l'époque immoral et pornographique, d'où son interdiction en 1949 et la condamnation de son auteur pour outrage aux bonnes moeurs.

 

9782267016864

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