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1947 : le contemporain capital

1947, année des « mauvais garçons » ? Qu'on en juge : Gide, « l’Immoraliste », est nobélisé ; J.J. Pauvert relance Sade ; et Al Capone meurt… En arrière-fond, les horreurs de la guerre hantent toujours les esprits - à preuve La Peste de Camus (transparente allégorie du nazisme) ou L’Espèce humaine, grand livre sur les camps de la mort signé Robert Antelme. Mais, outre-Rhin, Thomas Mann (avec La mort à Venise, Dr Faustus) et le Groupe 47 rendent un peu de son lustre et de son honneur à une Allemagne nouvelle...

Les chapitres de ce dossier

  • Littérature d'expression française

    Quels livres se mettre sous la dent en 1947 - année du Nobel de Gide, ce "contemporain capital" ? De grands romans sur le mal (La Peste, de Camus ; Un roi sans divertissement, de Giono ; Lettre à mon juge, sans doute LE chef d’œuvre de Simenon), et les relents de la guerre (chez Jean Guéhenno ou André Dhôtel) composent autant de « poèmes de la France malheureuse », dixit Supervielle. Heureusement, des couleurs plus enjouées, plus badines, rehaussent ici ou là ce sombre tableau : la série des Caroline chérie, de Cécil Saint-Laurent ; et surtout les merveilleux et hilarants Exercices de style de Queneau…

  • Romans traduits

    Les voix étrangères se font ténébreuses aussi, cette année-là, ou alors rugissantes : on presse Les raisins de la colère de Steinbeck, et Thomas Mann (qui publie aussi en 47 son Dr Faustus) dépeint La mort à Venise. Sans compter Henry James, Graham Greene, Evelyn Waugh ou Richard Wright… Surtout, l’an de grâce 1947 donne son nom, outre-Rhin, à un groupe littéraire mythique, grâce auquel l’Allemagne fédérale renaît de ses cendres, et où s’illustrent notamment deux futurs prix Nobel de littérature : Heinrich Böll et Günther Grass, membres du bien nommé « Groupe 47 ».

  • Essais

    Si, par impossible, on devait ne retenir qu’un titre, dans le maquis des livres de pensée publiés en 1947, c’est sans conteste L’Espèce humaine de Robert Antelme qui viendrait à l’esprit : car, à l’égal de Primo Levi, ou même le surclassant, c’est tout simplement le livre le plus profond et le plus poignant jamais paru sur l’expérience concentrationnaire (du reste, Antelme n'écrira jamais plus). En contrepoint, Merleau-Ponty scelle avec Humanisme et terreur sa rupture avec le communisme stalinien. Le philosophe Kojève, lui, propose une lecture de la Phénoménologie de l’esprit de Hegel qui marquera toute une génération intellectuelle. Et l’anthropologue M.Leenhardt écrit un classique sur la culture canaque.

  • Vie du livre : l'édition et la librairie en 1947

    Des chiffres et des lettres : la production de 1947 s’élève à 13419 titres (dont, bizarrement, 1131 titres religieux !, ce qui représente le pic de la décennie – mais c’est moins dû à un regain du divin qu’à un rattrapage « mécanique » du déficit des années de guerre). En tout cas, ça s’agite dans le Landerneau : grèves des ouvriers du livre ou des PTT qui affectent toute la chaîne du livre ; des maisons d’édition en butte à toutes sortes de tracasseries (Plon inquiété pour ses activités pendant la guerre ; les éditeurs d’Henry Miller et Boris Vian poursuivis par les bien pensants, tout comme le jeune Pauvert qui, sacrilège !, veut remettre Sade en odeur de sainteté). La houle est forte en 1947 : certains font irrémédiablement naufrage (Pierre Seghers, Max-Pol Fouchet). D’autres sont plus chanceux : naissance des éditions Mazenod ; le « Bled » surfe sur la vague de l’amour bien français pour l’orthographe ; Calmann-Lévy lance sa collection « Liberté de l’esprit » ; et malgré ses geignardises (« I’m a poor lonesome cow-boy »), un petit nouveau est appelé à un riche avenir : Lucky Luke. Encore convalescente, l’édition française tirerait-elle déjà plus vite que son ombre ?

  • Back-ground social & culturel

    L’année 47 c’est aussi, en vrac, une riche actualité internationale (le plan Marshall, l’épisode malheureux de l’Exodus qui annonce le futur Israël, la partition Inde-Pakistan lourde de menaces) ; au théâtre, un Tramway nommé désir et l’acte I du festival d’Avignon ; l’inauguration du Musée d’Art Moderne de Paris, qui accueille certaines œuvres de Bonnard, tout juste décédé, ou encore Duchamp qui peint 999 seins en caoutchouc. Sans oublier le franchissement du mur du son, l’invention du transistor et des… soucoupes volantes. Enfin, une pensée émue pour le gangster Al Capone, qui passe l'arme (toutes ses armes !) à gauche…

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