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1968 : "Assez d'actes, des mots !"

Acte II de notre feuilleton - selon un courant désormais alternatif : 1946 / 1969 ; 1947 / 1970 ; etc.

Scruté côté livres plutôt que côté barricades (« assez d’actes, des mots !  », s'égosillait alors un mur du Quartier Latin), l'an de grâce 1968 réserve quelques surprises : on attendait Tel Quel et de la politique à gogo, on a Belle du Seigneur, d'Albert Cohen (73 ans) ! Lire le Capital d'Althusser est contemporain du n°1 de... l'Encyclopaedia Universalis. Et à l’heure tapageuse des foules estudiantines en fusion, le discret Kawabata est nobélisé - tandis que Garcia Marquez nous promet au moins Cent ans de solitude : c'est long...

 

Les chapitres de ce dossier

  • Littérature française

    Que peut-on lire en France, en 68 - hormis la poésie Agit'-Prop’ qui fleurit sur les murs du Quartier Latin ? Des nouvelles recrues : Modiano (21 ans)… Des valeurs sûres : Cayrol, Queneau. La modernité des formes, elle, se joue du côté de Sarraute ou Sollers… Et un Classique de l'amour se détache : Belle du Seigneur, d’Albert Cohen.

  • Littérature étrangère

    De grands noms étrangers à l’affiche de cette année 68 : Burroughs, Jünger, Soljenitsyne... De très grands livres, aussi, sont traduits : Auto-da-fé de Canetti, ou l’inoubliable Cien años de soledad, de Garcia Marquez. Et le Nobel au grand Kawabata !

  • La (vraie) pensée 68

    De Dumézil au 1er Serres, de Baudrillard à Lévinas, la moisson 68 est riche ! On est au mitan de l’âge d’or de l’édition en sciences humaines et sociales (1960-1975). Les Trente Glorieuses jouent à plein pour « booster » la demande : pouvoir d’achat en hausse ; mise en place de la « civilisation des loisirs » ; ère de l’université de masse, qui renouvelle profondément le lectorat : 510 000 étudiants en 1967-68, contre seulement 123 000 en 1945 ! D'où le succès d’ouvrages meilleur marché, notamment le poche : 10/18 lancée par Plon en 1962, etc.

  • L'édition : routine et soubresauts

    Instructif, ce lamento de J.J.Pauvert, en date du 1er janvier 1968 : “… l’édition est un métier où l’on commence à s’ennuyer… ». Formule qui préfigure celle restée célèbre de Pierre Viansson-Ponté dans Le Monde, en mars 68 : « la France s’ennuie » ? On sait ce qu’il advint 2 mois plus tard… A ce constat désabusé sur le monde éditorial, comment ne pas opposer le lyrisme du n°4 de la revue néo-surréaliste de Jean Schuster L’Archibras, qui s'enflamme au printemps 68 : « …on a pris la force d’écrire réellement sur les pages enfin neuves des rues, ne fût-ce que pour un instant : en mai, fais ce qu’il te plait » ?

  • Mai 68, à lire

    Demandons maintenant : que peut-on lire sur 68 (et non plus en 68) ? Les événements de Mai ont heureusement fait couler beaucoup moins de sang que d'encre ! Dès l'époque, les analyses à chaud sont légion ; depuis, le débat n'a plus cessé. Quelques essais, pour éclairer cette drôle de bouffée révolutionnaire.

  • Et 68 dans le vaste monde...

    68, c'est aussi - en vrac - le Printemps de Prague (vite suivi de son « hiver ») ; le rêve assassiné de Martin Luther King ; l'instauration d'un Prix Nobel d'économie ; la mort de Dreyer ou de Duchamp. Sans oublier la sortie sur les écrans d'un certain "2001 Odyssée de l'espace"...

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