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1970 : un homme en trop

1970 : Après l’embellie-68, un certain soufflé semble retomber - à gauche. Certes, le facétieux Robbe-Grillet projette encore « une révolution à New York », Ariane Mnouchkine célèbre celle de 1789 à la Cartoucherie de Vincennes, l'écrivain Guyotat scandalise la bien-pensance avec Eden, Eden, Eden, et Salvador Allende devient président au Chili. Mais sur les écrans L’Aveu de Costa-Gavras fait mouche, en dénonçant les procès politiques pipés dans les régimes communistes à l’Est. Et surtout, surtout, Soljenitsyne est mis à l’honneur, avec le prix Nobel de littérature : 4 ans plus tard, le prophète du Goulag sera expulsé d’URSS. Etait-il donc cet « homme en trop » dont parle Claude Lefort, cette conscience surnuméraire insupportable au régime, le grain de sable littéraire qui suffit à enrayer toute la machine soviétique ?

Les chapitres de ce dossier

  • Littérature française

    Finie depuis un quart de siècle, la Guerre résonne pourtant encore dans les lettres françaises de 1970 : elle apparaît dans le titre même du roman homonyme de Le Clézio ; dans la trilogie de l’écrivaine déportée Charlotte Delbo ; dans la novatrice prose rageuse d’un Guyotat, dont Eden, Eden, Eden, est mis à l’index ; ou dans la thématique du Roi des Aulnes (l’histoire d’un Ogre allemand…), prix Goncourt à l’unanimité pour Michel Tournier… Adieu, en revanche, à Adamov, Giono et Mauriac.

  • Ecrivains traduits

    Outre le retentissant Prix Nobel de littérature attribué à Alexandre Soljenitsyne, qui va propager ses ondes bien au delà de la mare aux canards littéraires, qu’est-ce qui fait événement en littérature étrangère ou traduite, à l’orée des seventies ? Quelques morts de poids : Mishima, Dos Passos… Un incontestable souffle érotique aussi - qui souffle sur la Havane torride de l'écrivain cubain exilé Cabrera Infante, ou sur la New York de cet obsédé de Portnoy, le célèbre personnage de Philip Roth. Quant au poète et traducteur Meschonnic, il fait tinter autrement en français les versets bibliques…

  • Essais et documents

    Côté essais, quelques grands biologistes s’échappent un peu de leur laboratoire et écrivent des ouvrages d’épistémologie devenus depuis 1970 des classiques (Jacques Monod, François Jacob). L’école sémiologique bat son plein (Barthes, Greimas, Todorov) et se donne enfin une généalogie, en traduisant les grands aînés russes : Bakhtine et Propp. Pour ce qui est du monde social, Bourdieu stigmatise notre système éducatif inégalitaire, alors que l'historien Hoggart préfère célébrer outre-Manche la « culture du pauvre ». Très « père de la nation », De Gaulle met la dernière touche à son monument en publiant ses Mémoires d’espoir. Et un "schizo" américain, Louis Wolfson, publie un livre de linguistique folle, en s’attaquant à l’autorité de toute langue maternelle…

  • Edition & librairie

    2 ans après Mai 68, ça semble ronronner, dans l’édition : le Seuil se met au poche ; Gallimard se dote d’une structure de distribution toujours en vigueur aujourd'hui (la Sodis). Mais tandis qu’éclôt une « Nouvelle revue de Psychanalyse », tout l’esprit subversif des décennies 60-70 vient se rallier et symboliser sous une nouvelle enseigne, les éphèmères éditions Champ libre, dirigées par le flamboyant Gérard Lebovici. On le retrouvera mystérieusement assassiné en 1984…

  • L'air du temps...

    1970 c’est aussi la fin de la guerre au Biafra, et l’élection d’Allende au Chili, porteuse d'espoir (mais l’élan sera vite brisé, comme on sait, et dans le sang…). Cette année là, la Révolution sera donc plus sûrement… théâtrale : sur les planches de la Cartoucherie de Vincennes, où s’installent Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil ; ou bien moléculaire, dans les éprouvettes des américains Temin et Baltimore qui font avancer à grands pas la connaissance de l’ARN et des rétrovirus. Sans oublier l'envol du 1er boeing 747 - qui emporte peut-être avec lui dans les nuées l'âme du Nasser, du général De Gaulle, du peintre Mark Rothko et du bassiste Jimi Hendrix, tous décédés cette année-là.

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