La librairie Ombres Blanches - Accéder à la vente en ligne des livres numériques

Recherche avancée

Recherche par mots clés










Tous les livres
indisponibles ou épuisés
disponibles
à paraître


Recherche par EAN


Brésil, tout un roman !

Le Brésil a trop de couleurs et de particularismes, nous avons fabriqué des images d'Épinal qui finissent par nous cacher sa réalité. Et aussi sa littérature, laquelle s'efforce de rendre compte de cette réalité. Entre particulier et universel, voici un aperçu du roman brésilien du XXe siècle.

«La littérature brésilienne n'est plus réductible à une adaptation des courants esthétiques européens (romantisme, symbolisme, naturalisme) transplantés sous les tropiques. La tentation de la cantonner dans une totale altérité exotique serait également réductrice.»

Mario Carelli & W. Nogueira Galvão, Le Roman brésilien, PUF 1995.

Le dossier que nous présentons ci-dessous viendra appuyer notre présupposé: en un siècle, le Brésil a fabriqué un art romanesque parfaitement original que ce soit par la langue ou par les thèmes.

Les chapitres de ce dossier

  • Vers la naissance d'une littérature nationale

    Dans le siècle qui suit l'indépendance du pays (1822), on assiste à une fermentation des genres et des styles importés d'Europe (romantisme, réalisme, symbolisme, etc.) qui peu à peu ressurgissent tout colorés de caractères nationaux. Toutes les questions que pose l'histoire du roman brésilien tournent autour de cette dialectique: comment faire émerger une réalité nationale dans des formes déjà utilisées en Europe et donc forcément connotées. Autrement dit, la littérature brésilienne entre 1822 et 1922 est-elle un rameau tardif de la littérature europénne ou bien elle est dès ses débuts déjà empreinte de thèmes et de motifs originaux dictés par un contexte proprement inouï (populations, métissage, une nature et une géographie délirantes…)?

  • Le modernisme brésilien

    À l'approche du centenaire de l'indépendance, un frémissement de nationalisme et d'optimisme parcourut le pays. L'intelligentsia était décidée à rompre définitivement les liens culturels avec le Portugal et à proclamer son indépendance artistique. São Paulo, centre commercial du pays, proposait dans son " mélange épique " et cosmopolite le modèle de ce que devait être le Brésil de demain, qu'on voyait prêt à assumer son destin historique. Tel fut le climat dans lequel, en 1922, préparée par une bruyante campagne de presse, eut lieu la Semaine d'art moderne qui marque le début du modernisme. Le modernisme reprenait la tâche que le romantisme s'était assignée et qu'il avait imparfaitement réalisée. On liquidait le romantisme et toutes ses séquelles, tout en se tournant vers la tradition, qui était le legs du romantisme, de sorte que le modernisme est à la fois un aboutissement et un recommencement. On se méfiait du sublime, du patriotisme bourgeois satisfait, on se plongeait dans le quotidien amer que le pittoresque cachait.

  • Le régionalisme, un autre modernisme

    Dans un état aussi peu centralisé que le Brésil de la première moitié du XXe siècle, avec un matériau aussi divers, riche et coloré, l'expression des spécificités locales est aussi naturelle aux écrivains que la peinture du Faubourg Saint-Germain à un Marcel Proust. Parce que ce qui fait la modernité de ce pays ce n'est pas encore urbain mais est concentré dans l'extraordinaire métissage de peuples des cinq continents, dans l'extrême tension des rapports sociaux, dans la perception d'un espace géographique hirsute, cruel, contrasté jusqu'au délire. C'est pourquoi toute cette littérature issue des provinces, des plateaux, des déserts, des sertãos, pour régionale qu'elle soit, n'est jamais régionaliste au sens que nous donnons à ce terme (l'École de Brive par exemple). Elle éclôt dans une région, dans un contexte, mais elle est de suite universelle parce qu'elle n'est jamais l'incantation d'un «c'était mieux avant» mais plutôt -tendue vers le futur- la célébration du génie adaptatif de l'espèce humaine, capable de construire une société (aussi inégalitaire soit-elle) dans des contextes aussi extrêmes.

  • Un classicisme contemporain, le Brésil dans le concert des nations

    Avec l'intégration d'une géographie et de grands phénomènes économiques et climatiques, mais aussi avec l'appropriation de la langue et de l'imaginaire populaires, la matrice littéraire régionaliste a continué à porter bien des fruits avant de progressivement s'intéresser au «tourment des âmes» et, à l'approche du milieu du siècle, le XXe, d'incorporer dans cette trame des récits d'introspection où il s'agira, de manière très subtile, de faire entrer dans le roman les échos des fractures et des troubles sociopolitiques tels qu'ils se réfractent dans la conscience des individus. Le grand roman classique-contemporain brésilien a produit dans ces années 1940-1980 de grandes œuvres originales, universelles, toujours colorées de cette brésilianité qui a fait sa marque de fabrique.

  • La scène littéraire brésilienne aujourd'hui: effervescence!

    La production romanesque contemporaine se signale par une adhésion aux grands thèmes développés dans d'autres pays dits «émergents», mais ceci dans une forme qui reste déterminée par une histoire littéraire déjà plus que centenaire. Elle s’inscrit dans une période marquée par les séquelles de la dictature militaire (1964-1984) et par la transition vers un pouvoir civil qui n’a pourtant pas empêché l’explosion de graves convulsions sociales liées à la difficile insertion du Brésil dans le nouvel ordre mondial. Peu à peu, un Brésil urbain, mégapolique, se dessine et, si les thèmes abordés sont les mêmes que partout où fleurissent les concentrations urbaines (violence, délinquance, drogue, prostitution, etc.), cela s'exprime dans des formes éprouvées et façonnées de longue date. Méfions-nous cependant de ne pas y voir que des clichés, certes le Brésil s'y prête, mais moins que notre imaginaire n'a soif d'exotisme et de «primitive» vitalité…

Dossiers thématiques