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Les chapitres de ce dossier :

  • La sinologie en France
  • Littérature classique
  • Littérature moderne 1919-1949

    Le mouvement du 4 mai 1919 devait sonner le glas d’une certaine Chine. Au départ une révolte étudiante contre l’attribution au Japon des possessions allemandes en Mandchourie. Bientôt, une aspiration beaucoup plus large de toute l’intelligentsia à se débarrasser du carcan mandarinal. La littérature moderne chinoise allait naître dans la foulée et sur un soc ambigu : à la fois nationalistes et fascinés par les écrivains occidentaux, ces intellectuels prêtaient le flanc à la future critique au moment où l’Occident s’alliait pour dépecer l’empire du Milieu. Quoiqu’il en soit, la langue populaire chassait définitivement des arts de l’écrit la vieille langue wenyan, langue classique, langue de classe s’il en fut.

  • La littérature depuis 1949
  • Anthologies, poésie et nouvelles

Kouo Mo-Jo (1892-1978)

Un peu oublié par l’édition française contemporaine, Kouo est une personnalité de premier plan parmi les intellectuels chinois de l’époque chaotique de la guerre civile. Il écrit de la poésie, traduit les auteurs occidentaux, mène des recherches sur la Chine ancienne et fonde une revue avant-gardiste avant de devenir commissaire politique du régime communiste. C’est en tant que dramaturge qu’il acquiert une notoriété telle qu’elle le mettra à l’abri des différentes purges que subissent les écrivains chinois dans la période 1957-1976. La protection du Guide Suprême, les hautes fonctions qu’il occupa sont certainement à l’origine du désintérêt qui frappe son œuvre actuellement.

 

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Autobiographie. Mes années d'enfance
Kouo Mo-Jo, Gallimard, 1991

Collection : Connaissance de l'Orient
5.34

Son Autobiographie, rédigée alors qu'il est réfugié au Japon, est un très beau récit d'apprentissage qui brosse un tableau des tiraillements que vivaient les intellectuels chinois en exil chez ceux dont on pressentait qu'ils allaient devenir l'ennemi et le tortionnaire du peuple chinois.

 

Traduit par Pierre Ryckmans.

9782070722808

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K'iu Yuan
Kouo Mo-Jo, Gallimard, 1988

Collection : Connaissance de l'Orient
5.79

Né en 1892, Kouo Mo-Jo n'a pas été seulement vice-premier ministre de la République populaire de Chine, président de la commission des affaires culturelles et président du comité chinois pour la paix ; il fut aussi celui qui, dès 1921, créait en Chine un mouvement littéraire et libéral, le poète, l'essayiste, le conteur, l'érudit, le dramaturge dont l'oeuvre constitue incontestablement, et toute politique mise à part, l'un des deux ou trois sommets de l'humanisme chinois du XXe siècle.
Chinois, sans doute, mais ouvert au monde : Tagore, Whitman et Goethe ont agi sur sa poétique. De tous ses drames, le plus célèbre, le plus joué, c'est le K'iu Yuan. L'auteur du li sao, poème de l'exil, est devenu à la fois le héros de la poésie et celui du patriotisme chinois. Quand on connaît la vie de Kouo Mo-Jo et la part qu'il prit, dès 1920, aux combats de libération, on ne s'étonne pas qu'il ait consacré à K'iu Yuan, outre plusieurs travaux de critique et d'érudition, le drame que nous présentons au public français.
Pour comprendre la Chine actuelle, ses sentiments et ses valeurs, rien ne remplacera la lecture de cette pièce oú, renonçant aux formes traditionnelles, un patriote chinois accepte les cinq actes de notre dramaturgie.

Traduit par Liang Pai-Tchin.

9782070714766

Pa Kin (né en 1904)

Né à Chengdu, capitale du Sichuan, et issu d’une grande famille mandarinale, il fait ses études à Nankin puis Shangai. Il adhère dès 1921 au mouvement anarchiste auquel il restera toujours fidèle. Il séjourne à Paris en 1927-1928 où il étudie le français et lit les auteurs socialisants du XIXe. Revenu en Chine, il s’engage dans le mouvement révolutionnaire et mènera une existence chaotique au gré des guerres et des déroutes successives. C’est la période où il écrit sans relâche une œuvre romanesque de forçat, qu’il interrompt définitivement en 1949. Il passe la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne sous la menace, s’en sort et se voit comblé d’honneurs à partir de 1978. Son centième anniversaire, célébré cette année en Chine, a donné lieu à des festivités dont peu d’auteurs chinois ont pu se prévaloir au XXe siècle.

 

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Le Jardin du repos
Pa Kin, Gallimard, 1999

Collection : Folio
5.70

Ayant accepté l'invitation de son ancien condisciple Yao à résider dans le pavillon du jardin du repos de sa propriété, un écrivain renommé, mais pauvre, découvre peu à peu, sous l'apparente entente harmonieuse de ses hôtes, leurs difficultés, leurs souffrances et, même, le secret déchirant d'un enfant.

Le jardin du repos est un roman oú, sur un fond de poétique tristesse, se mêlent fraîcheur et tendresse. le grand écrivain chinois Pa Kin nous présente l'étude d'une famille fortunée mais décadente, avec son petit monde de serviteurs et, une fois de plus, il nous laisse entrevoir son amour des humbles.

Traduit par Marie-José Lalitte

9782070372751

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Nuit glacée
Pa Kin, Gallimard, 1983

Collection : Folio
8.40

L'action se passe à Tchong-K'ing, cité surpeuplée oú Shüenn et les siens ont trouvé refuge devant l'avance des japonais.
Image de la condition misérable faite aux intellectuels par les agents du Kouo-min-tang, Shüenn, le héros humilié, corrige des épreuves pour un salaire de famine dans le monde terrifiant d'une bureaucratie dont tous les rouages sont faits de soupçon, de brimades et de hargne. Gravement malade, faible et bon, il assiste impuissant au conflit de générations, d'une brutalité inouïe, qui se développe entre sa mère et sa femme.
Celle-ci finit par partir.

traduit par M.-J. Lalitte.

9782070375127

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Rou Shi (1901-1931)

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Février
Rou-Shi, Actes Sud, 1993

13.50

Il serait peut-être exagéré de parier de Docteur Jivago à la chinoise, mais il y a bien quelque cousinage entre les deux romans. L'hiver, la neige, la froidure, un homme plein de doutes et d'incertitudes qui est tiraillé entre deux amours.

Février est une nouvelle version du drame triangulaire de l'amour où l'auteur suggère que le monde des sentiments ne présente aucune indépendance vis à vis de la pression des événements, de l'appartenance à une classe, à un milieu. Oui, tout amour est séculier.

Le brillant professeur laisse lui aussi ses sentiments s'imprégner de ce qu'il perçoit de social chez chacune des deux femmes qui le fascinent : l'une est une privilégiée, instruite, artiste, passionnée ; l'autre a le visage terrible et beau de la Chine profonde que les intellectuels chinois découvrent dans ces années troubles.

 

Traduit par Wang Chun-Jian et Anne Thieule.

9782868690265

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Shen Congwen (1902-1988)

Natif du Hunan, il resta viscéralement lié à cette région, ses montagnes et à tout le petit peuple qui vit et travaille autour de l’eau : bateliers, marchands ambulants, paysans, prostituées fluviales, etc.

Il défend la rudesse des campagnes contre la dégénérescence urbaine, non sans parer le monde primitif de toutes les vertus de l’innocence et de l’harmonie. Sa contribution essentielle réside probablement dans la création d’un mythe des origines qui concilie - avec, certes, beaucoup d’idéalisme - nature et civilisation, valeurs masculines et féminines.

On reprocha à ses récits d’être trop idéalistes et de ne pas suffisamment dénoncer l’exploitation des masses paysannes par la moyenne bourgeoisie provinciale. Pourtant, à lire des nouvelles telle Le Mari (un paysan de l’arrière-pays vient en ville apporter des cadeaux à sa femme qui se prostitue sur un bateau : il subit sans broncher toutes les humiliations), on verra que ni la sympathie, ni la conscience de classe ne lui manquaient.

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Le petit soldat de Hunan
Shen Congwen, Albin Michel, 1998

14.90

Romancier chinois Shen Congwen (1902-1988) fut d'abord soldat par tradition familiale. Ce livre autobiographique raconte son adolescence buissonnière dans la région du Xiangxi à l'ouest du Hunan, ses aventures au cœur de la violence armée au service des Seigneurs de la guerre.

Dans ces années de jeunesse mouvementées qu'on a pu comparer à l'enfance vagabonde d'un Gorki, Shen Congwen, tandis que s'éveille sa vocation d'écrivain, découvre à la fois l'âpreté et la beauté de la lutte pour la vie, et croise maints personnages hauts en couleur, frustes et romantiques, qui inspireront toute son œuvre.

C'est un témoignage unique sur l'histoire troublée d'une province chinoise au début du siècle que nous livrent ces pages sensibles et teintées d'humour, d'un enthousiasme communicatif, saluées par Lao She comme un des chefs-d'œuvre de la littérature chinoise.

Traduit par Isabelle Rabut

9782226056986

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Lu Xun (1881-1936)

Chez Lu Xun, le pessimisme radical de la pensée se conjugue avec l’optimisme de la volonté ; devant un état de choses inacceptable, il prend résolument le parti des victimes, mais il ne se fait aucune illusion ni sur les chances de réussite de la révolution ni sur ses conséquences. Le désespoir est la seule certitude raisonnable ; l’absence d’espoir ne saurait toutefois justifier l’inaction : on ne peut pas dire que l’espoir existe, ni qu’il n’existe pas. L'espoir est comme ces chemins sur la terre : à l’origine, il n’y avait pas de chemins ; mais où les gens passent sans cesse, un chemin naît. Il faut donc marcher. L’image étrange de la flamme gelée qui a inspiré un de ses poèmes en prose est une assez bonne métaphore de sa propre condition ; le feu révolutionnaire qui vit en lui demeure emprisonné sous la glace de l’intelligence lucide.

Produit d’une époque de transition, il ne s’est jamais résigné à endurer passivement le chaos inhumain de l’histoire. Chez lui, la crise formidable et confuse de la Chine moderne se transforme tout entière en conscience ; ce n’est pas seulement autour de lui, mais en lui, qu’il déchiffre cette interminable agonie d’un monde ancien qui conserve sa mortelle emprise sur les vivants, et ce douloureux accouchement d’un monde nouveau qui n’arrive pas à naître : il me semble que, dans toutes les attaques contre les horreurs d’une époque, les écrits devraient disparaître en même temps que les maux qu’ils avaient dénoncés.

(cet article a été compose à partir d’essais que Simon Leys a consacrés à Lu Xun)

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Brève histoire du roman chinois
Lu Xun, Gallimard, 1993

Collection : Connaissance de l'Orient
15.09

Luxun (lu hsün, 1881-1936), par son talent d'écrivain autant que par son inflexible rigueur morale, domine de sa stature considérable toute la littérature chinoise de la première moitié du XXe siècle.
Elaboré à partir de cours professés dans les années vingt à l'université de Pékin, voici le premier, et magistral, essai sur l'histoire de la littérature de fiction en Chine : genre des plus vastes, dont le développement et les ramifications sont étudiés ici depuis les anciens mythes et légendes, en passant par les historiettes fantastiques des six dynasties, les nouvelles et contes en prose classique des Tang, jusqu'aux récits, histoires et contes en langue vulgaire des époques Song et Yuan et aux grands romans des Ming et des Qing.
Ecrit en langue classique, cet ouvrage, que son auteur considérait avec une mélancolique humilité comme un simple jalon pour de futurs chercheurs, devint rapidement un classique auquel tous les spécialistes continuent à se référer. Cela tient sans doute au fait qu'il fut pensé et rédigé de l'intérieur par un écrivain aussi perspicace qu'exigeant, par un pionnier, qui consacra des années de sa vie à étudier ou à traduire les oeuvres d'autrui, et qui fut lui-même grand découvreur et " repêcheur d'épaves " de la littérature des siècles passés.
Aussi Luxun, servi par une culture et une mémoire confondantes, n'eut-il qu'à suivre son instinct et son goût, et son livre est-il une passionnante mise en perspective des richesses vivantes, vers ou proses, classiques ou populaires, d'un patrimoine immense ! indispensable aux étudiants, ce livre, dont l'attrait est encore accru par des extraits abondants et variés de différentes époques, est traduit pour la première fois en français.

9782070727339

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Cris
Lu Xun, Rue d'Ulm, 2010

20.00

Cris rassemble les nouvelles de la période du 4 mai 1919 où s'épanouit le mouvement pour la Nouvelle culture, qui revendique l'usage de la langue vernaculaire et s'en prend au moralisme confucéen.
Certaines d'entre elles, comme " Le Journal d'un fou " ou " L'édifiante histoire d'A-Q ", sont devenues canoniques. D'autres, comme " Terre natale " ou " L'opéra de village ", représentent sur un mode élégiaque la Chine rurale du bas-Yangtse dans laquelle a grandi Lu Xun. Ce recueil, qui balance entre la dénonciation iconoclaste et la nostalgie d'un monde perdu, se compose donc de " cris " ambigus, dont l'auteur ne se soucie guère de savoir s'ils sont " hardis ou tristes, s'ils inspirent la haine ou le ridicule ", et dont la seule gloire sera d'éveiller une petite minorité de lecteurs à " la souffrance d'une mort imminente et irrémédiable ".

9782728804337

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Xiao Hong (1911-1942)

Née en Mandchourie, elle entre en révolte contre son père, grand propriétaire terrien, qu’elle tient pour un tyran local. Il tente de la faire enterrer vivante. Elle s’échappe, rencontre un homme qui la laisse enceinte ; sans ressource, elle abandonne le bébé, rejoint les proches du mouvement du 4 mai, se lie avec un écrivain dépravé qui l’initie à l’alcool et à la drogue : enceinte encore, l’enfant meurt en couches... On la retrouve à Tokyo d’où elle repart pour son pays natal avec un nouvel amant ; de fuite en fuite devant les troupes japonaises, elle atterrit à Hong Kong où elle meurt de maladie.

Une écriture ramassée, urgente, pour parler des petits, des humiliés, de ceux, et surtout de celles, qui n’existent que dans le regard des autres quand il daigne s’arrêter sur leur personne. Après avoir pris connaissance de sa vie, on sent affleurer l’autobiographie, la distance entre auteur et personnages féminins est réduite au minimum qui permet d’écrire elle.

 

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Des âmes simples
Xiao Hong, Arléa, 1995

10.98
Epuisé

Dans ces trois histoires, Xiao Hong s’attache à peindre les âmes simples de trois femmes qui vivent à la campagne, à divers stades de leur vie, enfermées dans le carcan des mœurs chinoises de l’époque.

Traduit par Anne Guerrand.

9782869592391

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Lao She (1899-1966)

L’homme assassiné par les gardes rouges et dont la mort fut maquillée en suicide demeure un écrivain très populaire dont les œuvres sont constamment rééditées depuis sa réhabilitation posthume en 1978. Il reste comme le chantre de sa ville, Pékin, tout au long de nombreux récits dans lesquels il célèbre son parler et ses mœurs. Il est porteur à la fois des valeurs mandchoues en train de disparaître dans les années trente, et d’un esprit de renouveau qui lui fait embrasser la cause nationale face à l’invasion nippone, et prendre nettement position en faveur du nouveau régime. Sa position sur la ligne de crête (il est de religion anglicane, passe cinq ans à Londres où il acquiert une solide connaissance des littératures anglo-saxonnes) lui vaudra une méfiance durable de ses compatriotes. C’est un mélange de nostalgie, de pessimisme et d’esprit caustique qui caractérise la plupart des ses grands textes : sans doute eut-il peu d’illusions sur ce que promettait le régime qu’il soutint en désespoir de cause. Lao She serait l’image en acte d’une Chine des intellectuels, déchirée, contrainte de choisir entre peste et choléra, le génie dilapidé...

Tous les livres de Lao She.

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Le pousse-pousse
Lao She, Picquier, 1995

Collection : Picquier poche
7.50

C'est avec Le Pousse-pousse que Lao She donne dès 1936 toute sa mesure. Ce roman, qui décrit la vie tragique d'un tireur de pousse pékinois, passe légitimement pour son chef-d'œuvre : le réalisme de l'observation, la rigueur de l'intrigue et la saveur de la langue locale sont, entre autres, trois des facteurs de réussite du livre. On y voit les grandes qualités humaines du héros butter inexorablement contre une fatalité qui n'est en rien due à des dieux malveillants, mais à une société décadente complètement pervertie par l'influence des puissances étrangères. Allant d'humiliation en humiliation, il finira dans un abandon complet.

Traduit du chinois par Anne et François Cheng.

9782877302111

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Quatre générations sous un même toit, vol.1
Lao She, Gallimard, 1998

Collection : Folio
9.90

Écrit entre 1942 et 1944, Quatre générations sous un même toit est un roman-fleuve d'un réalisme tout à fait original pour l'époque et une fresque incroyablement vivante, où Lao She dévoile les événements avec colère et passion.
C'est d'abord une histoire de famille. Le roman s'ouvre sur l'anniversaire du vieux Qi, le patriarche qui vit avec toute sa famille réunie, dans l'une des cours du Petit-Bercail à Pékin. Il est fier que sa longévité lui permette de connaître jusqu'à ses arrière-petits-enfants. Sa seule crainte est que la célébration de son anniversaire soit compromise par le début de la guerre avec les Japonais.
Comparée à sa stature et à sa majesté, la deuxième génération est très effacée. La troisième génération, elle, est composée de trois frères. L'aîné, Ruixan, est un homme cultivé qui enseigne l'anglais et le chinois. Le plus jeune, Ruisquan, est un étudiant plein d'idéal qui quittera Pékin pour rejoindre le maquis. L'autre frère, Ruifeng, est un garçon lâche, qui se laisse mener par sa femme et finira par collaborer avec l'ennemi.
Les « conflits », qui sont au cœur de l'œuvre, n'opposent pas seulement entre eux les divers membres de la famille, ils opposent aussi le groupe familial à la patrie, et Pékin au reste de la Chine. Ainsi Pékin devient-il le sujet principal du roman, à travers d'innombrables descriptions de la vie du peuple et de l'inépuisable beauté de la ville.

9782070404667

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Messieurs Ma, père et fils
Lao She, Picquier, 2003

Collection : Picquier poche
9.00

Un récit inspiré par son séjour londonien : à l'œuvre, un humour dévastateur qui épargne peu les mœurs d'Albion. 

Le vieux Ma n'est guère enthousiaste de devoir partir en Europe - à Londres, plus précisément - où son frère lui a légué un magasin d'antiquités.
Quant à son fils, Ma Wei, il tombe éperdu-ment amoureux de la fille de leur logeuse, la très respectable veuve Window.
Les tribulations de nos deux chinois dans la capitale britannique sont contées par Lao She avec un humour féroce, et sans doute bien informé, puisque lui-même y séjourna de 1924 à 1929. Comment concilier la digne image de Messieurs Ma, père et fils avec celle de ces « diables à face jaune » qui fument l'opium, s'adonnent au trafic d'armes, cachent sous leur lit les victimes qu'ils ont tuées et violent les femmes sans distinction ?
L'abîme d'incompréhension et de préjugés qui les sépare de la population locale, s'il donne lieu à maintes scènes d'une drôlerie irrésistible, n'en laisse pas moins flotter une ombre de tristesse sur la réussite de leurs projets.

Traduit par Claude Payen

9782877306768

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L'Enfant du nouvel an
Lao She, Gallimard, 2003

Collection : Folio
5.70

Une très belle autobiographie inachevée, publiée posthume lors de sa réhabilitation.

Le nouveau-né a une conscience aiguë de ce qui l'entoure : la mère, le père, garde au palais, souvent absent, la vieille tante égoïste, les deux filles de la maison, la belle-mère tyrannique, l'ingénieux cousin Fuhai et bien d'autres personnages plus éloignés du nourrisson comme le fils du charcutier qui part rejoindre les boxeurs, ou le boucher musulman, mélomane et champion d'arts martiaux...
D'épisodes cocasses en scènes remplies d'émotions, avec humour et tendresse, Lao She raconte dans ce roman sa petite enfance et le déclin de l'empire mandchou.

 

Traduit par Paul Bady et Li Tche-houa.

9782070428281

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Zhu Ziqing (1898-1948)

Voici encore un écrivain très représentatif du milieu intellectuel chinois dans les années qui suivirent l’instauration de la République, la Révolution du 4 mai, et les désordres annonciateurs de la guerre civile.

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Traces
Zhu Ziqing, Bleu de Chine, 1998

21.19
Epuisé

Le recueil donné ici est un ensemble disparate qui montre toutes les facettes d'un grand styliste, d'un penseur subtil, d'un homme à la sensibilité exacerbée qui ressent les troubles se propager jusqu'au noyau familial. La longue série d'avanies, décès, faillite, pauvreté est maintenue à distance par le rempart de l'écriture, encore classique, tournée vers une recherche du beau et du parfait, de l'expression juste, d'un point d'équilibre tout de fragilité entre l'épanchement du moi blessé et la rigueur de la pensée qui analyse les faits et les sublime dans une forme proche de la perfection.

Traduit par Lise Schmitt.

9782910884154

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Qian Zhongshu (né en 1910)

Deux esprits que sans hyperbole on peut qualifier de géniaux, comme l’a dit d’eux Simon Leys. Mari et femme, Yang et Qian sont le maillon qui relie la génération de 1919 et celle de l’éphémère «école des cicatrices». La brillante carrière de ces deux universitaires fut brutalement interrompue par la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne.

Qian, poète, critique d’art, peintre et romancier est un double produit de la tradition chinoise et de la culture moderne occidentale, assimilée dans ce qu’elle a de meilleur : un humanisme universaliste qui ne recule pas devant les spécificités «locales». Cette position et cette culture privilégiées ont débouché sur la pratique - aussi naturelle chez lui que de respirer - du comparatisme dont il est, en Chine du XXe, l’introducteur.

Rire jaune, être pessimiste avec légèreté, pratiquer l’érudition distanciée, goûter l’instant présent seraient les quatre piliers de la sagesse qu’il se forgea.

 

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La Forteresse assiégée
Qian Zhongshu, Bourgois, 1997

19.82

Roman picaresque, roman de formation nourri aux sources autobiographiques, satire au vitriol des milieux lettrés dans les années terribles de la guerre sinojaponaise. Après des études en Europe, le protagoniste revient en Chine au moment le plus troublé, pour y découvrir l'état de décomposition avancée de l'élite autochtone. Pas moyen que quiconque, Chinois ou non, s'identifie avec cet anti-héros, peint sous les couleurs de la lâcheté, de l'opportunisme. Dans ses relations avec les femmes, le calcul et l'intérêt se substituent à l'embrasement des sens. Femmes qui, elles,

sont résolument positives, passionnées sans renoncement à une certaine lucidité. Jamais semble nous dire Q'an, en Chine, la femme n'aura autant été l'avenir de l'homme qu'en ces périodes de troubles et de guerres.

 

9782267004830

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Hommes, bêtes et démons
Qian, Zhong shu, Gallimard, 1994

Collection : Connaissance de l'Orient
13.57

Œuvres de jeunesse mais riches épures du grand roman La forteresse assiégée, les quatre nouvelles de ce recueil sont un parfait exemple de ce qu'on pourrait appeler l'« autre » style de Qian : aux antipodes de l'érudition de son monumental Le Bambou et le Poinçon.
Ici, tout est aplati (ping), dépouillé (xian) et distant (yuan) à souhait, comme le trait de pinceau dans la peinture Song, pour cerner la médiocrité d'un univers d'êtres humains falots ou d'intellectuels acculturés par l'Occident. L'abandon des héros altiers et des cimes abruptes renforce par contraste les nuances du coloris, et notamment du coloris psychologique comme chez Proust ou chez Flaubert, que Qian connaît bien.
Petite « comédie humaine » dans la Chine des années trente, la force originale de ces nouvelles réside dans le contraste entre la platitude savamment entretenue du style ou des personnages et l'explosion instauratrice d'un surréel adamantin, allumée par une dérisoire étincelle.

Traduit par Chaoying Sun

9782070739660

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Yang Jiang (née en 1911)

«Ce n’est pas le fait qu’elle s’émancipe du manichéisme primaire auquel ont succombé la plupart de ses contemporains qui constitue par-dessus tout le prix de son œuvre. Elle se recommande à notre gratitude par un autre titre: I’humour, en quelque sorte objectif, qui émane de sa prose.» (Angel Pino)

L’art supérieur de Yang Jiang n’avait certes pas besoin de confirmation officielle ; les autorités communistes l’ont pourtant complimentée et donnée en exemple, car, disent-elles, son ouvrage témoigne d’une blessure, sans pour autant proférer de plainte. En effet.

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Le Bain
Yang Jiang, Bourgois, 1992

25.92

Un roman-document, plein d'humour et de sarcasmes, sur les débuts du communisme maoïste qui furent consacrés par ce rite initiatique et purificateur appelé le bain ou le lavage de cerveau.

Traduit par Nicolas Chapuis.

9782267009842

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Mémoires décousus
Yang Jiang, Bourgois, 1997

18.29

Bien qu'aucune philosophie ambitieuse n'émane de ces miettes de mémoire, on y reconnaît une manière d'être propre à l'auteur et, au-delà de l'individu, à l'intellectuel lettré qu'elle incarne : humour, sympathie pour les humbles, recours à la culture comme bouée de sauvetage dans la tourmente.
C'est sans doute cette sagesse très humaniste, au même titre que les faits concrets qu'elle évoque, que Yang Jiang a voulu léguer dans ce qu'elle désigne, à mots couverts, comme son testament.

Traduit par Angel Pino et Isabelle Rabut.

9782267013948

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