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Le Mexique

La fascination que le Mexique exerce sur l’imaginaire des hommes ne se dément pas alors même que les choix politiques, sociétaux et économiques qui y sont pris lui font perdre une grande partie de sa spécificité. Quant à l’autre, cette infime part de mexicanité incompressible, insoluble dans le yankisme, elle continue de déplacer des foules de touristes, d’aventureux voyageurs, de missionnaires tiers-mondistes, de littérateurs en demande d’hallucinations, de mystiques en quête de visions, d’anthropologues cherchant à y vérifier la justesse de leurs théories et de désespérés voulant donner quelque panache à leur fin. La liste est longue des Artaud, Lowry, Lawrence, Michaux, Bierce, Traven, Le Clézio...

Tout ce que l’on peut lire de littérature autochtone confirme ce que les relations de voyages et les études gringas soulignent : tout Mexicain se sent Indien. Contre les pouvoirs (et, serait-on tenté de dire en accord avec l’enseignement de l’histoire, grâce à l’Église), le Mexique a construit son identité culturelle sur l’héritage préhispanique, en somme sur le corps du vaincu. On ne peut faire mieux en matière d’institutionnalisation de la défaite.

Les chapitres de ce dossier

  • Génération du boom

    Les pères fondateurs de la littérature mexicaine sont des arbres ayant trop poussé : leur ombre a longtemps empêché l'émergence de jeunes arbustes. L'appellation Boom est en fait donnée depuis cette rive-ci de l’Atlantique. Elle correspond à la soudaine réception des auteurs sud-américains dans l’immédiat après-guerre par le lectorat occidental enclin à ouvrir les yeux sur un sous-continent que, paradoxalement, par le jeu des réfugiés notamment, la catastrophe européenne des année 1939-1945 avait rendu plus proche. Mais le regard européen avait alors, et aura jusque vers les années quatre-vingts, tendance à consigner la littérature latino-américaine dans un carcan stylistique qui, par un pervers effet de retour (accentué par une émigration massive des auteurs à Paris et en Espagne) devait la clouer à l’arbre du « réalisme magique » qui cachait une forêt de créativité autrement plus diverse. Le Mexique, armé de son passé et de sa mythologie en fut probablement le terrain privilégié.

  • La Onda, radicalement contre-culture

    Pendant que s’épanouissait le réalisme magique dans l’ensemble du sous-continent, sous l’impulsion des émigrés de l’Espagne républicaine, à Mexico, dès les années cinquante, dans un lieu devenu mythique, la Casa del Lago, fermentait un mouvement artistique qui prétendait prendre ses distances à l’égard du « mexicanisme ». Il s’agissait de retranscrire une réalité plus contemporaine, l’émergence d’une contre-culture face au consumérisme dominant et une nouvelle orientation du combat politique après les terribles événements du Tlatelolco, en 1968. Le rock, le désenchantement, la prise de psychotropes, la sexualité hors des cadres moraux et familiaux imposés, l’urbanisation et son cortège de violences, toute cette modernité allait prendre une place centrale dans les préoccupations de la génération d’écrivains qui se fédéra sous le terme de Onda. Désormais, le temps de la littérature coulait au Mexique à la même vitesse que partout ailleurs.

  • La génération du crack : risque d’internationalisation

    Bien malin le critique qui pourra nous en brosser les contours, tant l’écart est grand entre les auteurs qui se revendiquent du crack. Ce qui est certain, c’est que pour cette génération, la réalité mexicaine contemporaine n’a aucune priorité, aucun droit à un traitement de faveur. Tout fait miel pour ces intellectuels issus des classes plutôt aisées, au parcours très jet set. D’autres continuent de s’émerveiller sur ce peuple étrange, naïf, roublard, exubérant avec mélancolie, et leur modernité se manifeste alors par une recherche formelle plus risquée.

  • Le regard des gringos : fascination et (parfois) compassion

    À une mystique floue pimentée par l’usage ritualisé de puissantes drogues végétales, a correspondu l’attente inquiète et blessée de “desperados” en quête de refondation spirituelle. D’autres le perçurent comme le parangon du pays potentiellement révolutionnaire, où les contradictions de l’histoire humaine (population indigène spoliée, révolution trahie, pression du capital US, urbanisation délirante, etc.) étaient à ce point exacerbées qu’il aurait suffi d’une allumette pour... autre rêve bien souvent plombé par la vulgarité d’une rafale. Une dernière catégorie, des hommes aux paupières brûlées, y vit la mort en tenue d’apparat, y trouva la violence à nu et l’assurance de l’impossibilité du retour à la norme et à la raison.

  • Quelques regards chicanos depuis la rive gauche du Rio Grande

  • Histoire et société : la Conquête

  • Histoire et société : la période révolutionnaire

  • Histoire et société : sur les Indiens et autour de luttes du Chiapas

  • Histoire et société : Mexicains de l'intérieur et de l'extérieur

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