Une île, des ailes à l'imaginaire
En tant que thème littéraire, les îles apparaissent en même temps que la pensée abstraite, s’associant aux idées de destin, de devenir, de paradis : l’île des Bienheureux, Cythère, c’est la félicité éternelle mise à portée de ceux qui ont vécu dans la sainteté ou l’héroïsme. De là cette tradition de l’utopie qui lui est associée.
Puis, à l’usage, l’utopie s’avèrera être un cauchemar, le négatif du nirvâna promis. C’est ce mouvement amorcé par les grands voyageurs des XVIIe et XVIIIe siècles dans leurs périples austraux : l’état de nature à la Rousseau est une illusion, les mœurs saintes et innocentes des bons sauvages ne résistent pas au regard contaminant que le civilisé leur porte. D’où, au contact de ces sociétés primitives, la naissance d’une pensée critique de l’Européen sur sa propre société. Ensuite, l’aspect carcéral, concentrationnaire de l’île deviendra un topos littéraire à partir du moment où les pouvoirs ex-ilent celles et ceux qui présentent des déviances susceptibles de contaminer la masse.
Les chapitres de ce dossier
- Grandeur et décadence du mythe insulaire
Après avoir reconnu ces Indigènes comme membres de l’espèce humaine, on assiste à la naissance du comparatisme, on relativise sa propre société : c’est la science sociale moderne qui est en train de naître. Commerce suivra. Nourris de ces « relations de voyage », des penseurs plus sédentaires tentent de les analyser, d’en tirer des enseignements et de faire la synthèse du « eux » et du « nous ». Ils en retiennent ceci que dans des conditions d’insularité, il est possible de bâtir des utopies. À partir du milieu du XIXe siècle, la représentation idyllique des sociétés insulaires primitives en prit un coup. La colonisation aurait dû les révolter, et voilà qu’elles collaboraient, se pervertissaient, devenaient lâches, veules. Les gauguinades firent long feu, les rivalités entre puissances coloniales contraignirent les indigènes à choisir un camp et à devenir haïssables en cette époque de ferveur impérialiste…
- Îles, terres d'aventures
- Chacun cherche son île
Chacun porte le rêve d’un territoire préservé où l’on pourrait refonder une humanité débarassée de ses vieux démons. D’autres, et c’est encore plus terrible, en reviennent, ils ont connu ce paradis et l’on vu peu à peu être gagné par la corruption. Dans ce sens abondent les récits d’enfance, les aventures de héros en rupture, en révolte. Il en est aussi pour qui l'île est un recommencement : chaque histoire d'amour, on le sait, recommence le monde. L’appel au décor paradisiaque, édénique, suggère une relation affranchie des contraintes sociales. Les amants ne se voient plus dans leur déterminisme, mais chacun porte en lui l’étincelle divine, la marque toute fraîche de la création. Les corps sont beaux en eux-mêmes, libres.
- Conséquences fictionnelles du huis clos


