L'Ecole de Francfort
Zoom sur ce courant philosophique né dans l’Allemagne de Weimar et qui jouera un rôle de premier plan dans la renaissance du marxisme européen dans les années d’après-guerre. L’Institut de Recherches en Sciences Sociales de Francfort naît en 1923, lorsque Félix Weil, universitaire-mécène, fils d’homme d’affaire prospère, crée une institution permanente dans un contexte où l'espoir n'est pas perdu de faire s’entendre les divers courants marxistes d’alors. Même si le rattachement à l’Université garantit une légitimité académique et une certaine sécurité, Weil et ses deux amis : Horkheimer (futur président de l’Institut) et Pollock, constatèrent vite la contradiction inhérente de leurs types de recherches révolutionnaires (études ambitieuses sur l’histoire du mouvement ouvrier, les origines du totalitarisme et de l’antisémitisme, etc.) avec le cours ordinaire de la vie universitaire allemande. Ils surent garder une autonomie certaine envers les partis politiques, tentèrent de résoudre la quadrature du cercle de tout projet à vocation révolutionnaire : nouer le lien entre théorie et pratique. Contraints à l’exil en 1933, les membres de ce qu’on appellera dans les années 60 « l’École de Francfort » se délocalisèrent un temps à Genève, puis à New York – où, via le succès d’un Marcuse sur les campus américains, ils virent leur « théorie critique » de la rationalité occidentale ou de l'industrie culturelle de masse rencontrer un large succès. Fécondité critique qui se poursuit jusqu’aujourd’hui, à travers la 2° génération, représentée surtout par Habermas. « C’est le mal, et non le bien, qui est le sujet de la théorie… son élément est la liberté ; son sujet est l’oppression » (Adorno/ Horkheimer).
Les chapitres de ce dossier
- Les trois piliers de l’Institut
Adorno, Horkheimer, Marcuse sont inconstestablement les trois auteurs les plus identifiés au courant qu’a crée l’Institut de recherche en sciences sociales. Horkheimer, en tant que dirigeant, a donné l’inflexion nécessaire pour orienter les recherches dans des domaines bien précis. Adorno, par les enquêtes menées et l’enrichissement théorique qu’il n’a cessé de fournir à la théorie critique, fut la cheville ouvrière du groupe. Marcuse enfin, fut une des sources d’inspiration majeure des mouvements contestataires durant les années 60, ce qui a beaucoup compté dans la renommée de l’Institut.
- Autres figures marquantes, tôt associées à l'Institut
Erich Fromm, Franz Borkenau, Franz Neumann, Karl August Wittfogel : certes moins connus chez nous qu'Adorno ou Marcuse, ces penseurs n'en sont pas moins au verser au dossier de la pensée "critique" de Francfort. On leur doit des contributions passionnantes sur des objets théoriques ou historiques fort divers : une philosophie de "l'être" et de "l'avoir" ; un magnifique portrait de l'Espagne républicaine ; des études devenues classiques sur les structures du national-socialisme ou sur le "despotisme oriental".
- Dans le premier cercle...
Beaucoup d’intellectuels ont gravité dans ce cercle. A des degrés divers, même des gens comme Hannah Arendt et son premier mari, Gunther Anders, auraient pu figurer dans cette liste. On a préféré y évoquer des auteurs qui ont réellement, dès le départ, influencé directement les membres fondateurs de ce mouvement. Des auteurs tels Georg Lukacs, Ernst Bloch ou Walter Benjamin, qui, à certains moments, ont été tout proches de faire leur entrée à l’Institut...
- Auteurs qui ont repris le flambeau
On se heurte en l'occurrence à une difficulté réelle car très peu d’auteurs dûment estampillés « Ecole de Francfort » sont traduits en français. Néanmoins, les deux représentants de la "2° et 3° génération" cités ici, Habermas et Honneth, continuent d'occuper une place très importante dans le champ intellectuel contemporain.
- Etudes sur l’Ecole, et auteurs s’inspirant toujours de ses doctrines


