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Les chapitres de ce dossier :

Georg Lukács

Fils d’un grand banquier hongrois, il devient docteur en sciences politiques et obtient un poste au ministère du commerce qu’il abandonne assez vite pour reprendre ses études. Source d’inspiration de toute une série de générations, son livre « Histoire et conscience de classe » a marqué son époque. Proche du noyau fondateur de l’Institut, il fut un des participants de cette fameuse série de rencontres qui a eu lieu au début des années 20. C’est à ce titre que fut évoqué sa possible nomination à la tête de l’Institut mais son communisme politiquement actif aurait provoqué les protestations sans réserves de la direction de l’université toute entière. Pour mesurer combien il influençait certains membres de l’Institut, on peut citer cette lettre de Kracauer où il dit en 1921 que « Adorno est pétri avant tout pour une bonne part de Lukacs et de moi. »

 

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Histoire et conscience de classe
Georg Lukács, Minuit, 1974

30.20

Œuvre la plus importante et peut-être la plus connue de la pensée marxiste de la première moitié du XX siècle, elle eu une influence déterminante dans la redécouverte de la dimension philosophique du marxisme au début des années 20. Dans ce livre, Lukacs insiste particulièrement sur la fonction de la classe ouvrière comme sujet-objet de l'histoire. La pensée qui l'anime et surtout veut promouvoir est une pensée historiquement dialectique et matérialiste, développant une théorie de la pratique sociale qui s'appuie sur la conscience de classe du prolétariat.

9782707301161

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La théorie du roman
Georg Lukács, Tel-Gallimard, 1989

7.44

Essai historico-philosphique sur les formes de la grande épopée. L'auteur différencie l'épopée de la civilisation fermée crée dans un monde rempli de sens et de dieux, et le roman, type d'épopée caractéristique d'un monde vidé de sens et de dieux, d'un monde du pêché accompli. D'après Kracauer, il avait su voir le coeur du problème : « maintenir la flamme de la nostalgie », la nostalgie « du sens évanoui. »

Cette édition inclut un texte de Lucien Goldmann : « Introduction aux premiers écrits de Georg Lukacs ».

 

 

Traduit de l'allemand par Jean Clairevoye

9782070712199

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Ernst Bloch

Figure majeure du "communisme utopique" du XXe siècle, ses idées ont eu une influence considérable sur les membres de l’Institut lors de sa création. Proche de Adorno qu’il fréquenta à Berlin avant l’exil américain, il aurait pu devenir membre de l’école si les tentatives de ce dernier pour l’enrôler comme collaborateur avaient réussi. Néanmoins, les désaccords vont se multiplier entre les deux amis sur des questions de fond, désaccords illustrés par exemple avec le choix de Bloch d’aller vivre en Allemagne de l’Est après la guerre. Surtout, Adorno ne supportait pas de voir s’élever l’espoir au rang de principe en philosophie et de présenter une conception de la réconciliation avec la nature qui incluait l’idée d’une nature sans réflexion comme sujet.

 

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L'esprit de l'utopie
Ernst Bloch, Gallimard, 1977

16.77

Malheureusement introuvable dans le commerce, ce livre important caractérise le cœur même de la réflexion de ce grand philosophe, « le rêve éveillé de l'utopie. » Sa démarche puise à de multiples sources, philosophiques, littéraires et religieuses parmi lesquels le messianisme juif occupe une place de choix. Dans un des chapitre intitulé les juifs comme symbole de « l'esprit de l'utopie », il célèbre cette religion comme celle qui a la vertu essentielle d'être construite sur le messie, sur l'appel au messie. En cela, il est proche d'un auteur comme Benjamin car l'utopie révolutionnaire est chez lui indissociable d'une conception messianique / millénariste de la temporalité, opposé à tout gradualisme du progrès.

9782070295487

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Le principe espérance, tome I
Ernst Bloch, Gallimard, 1976

35.50

Certainement le livre le plus important de Ernst Bloch et sans aucun doute une des œuvres majeures de la pensée émancipatrice du XX E siècle, elle a occupé l'auteur durant une grande partie de sa vie. Brassant de multiples sources, les présocratiques et Hegel, l'alchimie et les nouvelles de Hoffman, la philosophie de l'art de Shelling et le matérialisme marxiste, les opéras de Mozart et les utopies de Fourier, rares ont été les lecteurs capable de juger, en connaissance de cause, de chaque thèmes développés dans les trois volumes du livre eu égard à l'érudition encyclopédique dont il fait preuve. Quant au texte lui-même, il se caractérise par le fait qu'il n'a pas renié, contrairement à beaucoup d'autres philosophes de sa génération, le romantisme révolutionnaire de ses premiers écrits. On trouve ainsi de nombreuses références à « l'esprit de l'utopie », notamment à l'idée de l'utopie comme conscience émancipatrice. Le pari fondamental de Bloch est le suivant : la philosophie aura la conscience du lendemain, le savoir de l'espérance ou elle n'aura plus aucun savoir du tout. A ses yeux, c'est la volonté utopique qui guide tous les mouvements de libération dans l'histoire de l'humanité.

 

Lire aussi le vol 2, « les épures d'un monde meilleur », Gallimard, 1982, 33,60 € ; et le vol 3, « les images-souhaits de l'instant exaucé », Gallimard, 1991, 44,21 €

 

Traduit de l'allemand par Françoise Wuilmart

9782070292950

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Droit naturel et dignité humaine
Ernst Bloch, Payot, 2002

24.95

Bloch part à la recherche, dans ce livre qui est certainement le plus accessible de son oeuvre, des rapports que le droit entretient avec l'économie, la politique, la morale et la religion. Il tente aussi de répondre à cette question essentielle : qu'est ce que le droit ? Tout d'abord, il part en quête du droit naturel, rationnel qui renoue et dévoile son caractère subversif tel qu'il est développé par les Sophistes et Rousseau : « Aucun homme ne doit devoir. » Soit dit en passant, celui qui professerait de telles idées de nos jours passerait pour le dernier des irresponsables. Il salue aussi la révolution française dont il fait savoir « hériter activement. » Conjurant le socialisme de s'inscrire dans cette voie qui a vu naître les droits de l'homme, il rappelle : « Pas de véritable instauration des droits de l'homme sans fin de l'exploitation, pas de véritable fin de l'exploitation sans instauration des droits de l'homme. »

 

Traduit de l'allemand par Denis Authier & Jean Lacoste

 

9782228895439

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Karl Korsch

Issu d’une famille de la classe moyenne, il a mené de front des études d’économie, de sociologie et de philosophie à Iéna. Il est aussi parti en Angleterre dans les années 1910 étudier le droit anglais et international - ce qui en fera réellement un intellectuel polymorphe. Député communiste à la Diète de Thuringe et ministre de la justice de cet Etat lors du gouvernement ouvrier qui a duré presque trois semaines en 1923, il rentre progressivement en conflit avec l’idéologie officielle du parti, mécontent de l’évolution de plus en plus opportuniste de l’Internationale communiste. Il se tournera progressivement vers les anarchistes qui, selon lui, ne déterminaient pas la renaissance d’un mouvement révolutionnaire par l’adhésion idéologique à la doctrine marxiste mais dans l’action de la classe ouvrière pour son propre compte.

Sans jamais avoir fait partie de l’Institut à proprement dit, il a participé à cette fameuse série de réunions organisée durant l’été de 1922 en tant qu’un des plus sérieux représentant du milieu marxiste de l’époque. D’ailleurs, une grande partie de la discussion a tourné autour de son manuscrit inédit sur « Marxisme et philosophie. » Il aurait pu être aussi le premier directeur de l’Institut mais son activité militante parut un obstacle trop important pour ce poste relativement à l’intention affichée par les fondateurs de maintenir une indépendance envers quelque parti politique que ce soit. Malgré tout, il y a joué un rôle important dans les premières années à travers certains séminaires et des contributions à la revue avant et après l’émigration.

 

 

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Karl Marx
Karl Korsch, Ivréa, 2002

20.00
Indisponible

L'auteur livre dans cet essai de remarquables études sur la philosophie marxiste. Son approche pluri-disciplinaire, liée à sa formation universitaire, l'aide énormément à dégager les principaux concepts de ce penseur qui a lui-même mené des recherches dans des domaines très différents. Pour s'en faire une idée, il suffit de lire la chronologie publiée par M. Rubel dans les œuvres économiques à la bibliothèque de la Pléiade. Parmi les hypothèses développées dans ce livre, il y a celle où l'analyse économique de Marx ne s'applique qu'aux conditions bourgeoises. Une autre où les recherches économiques et sociales de Marx, en leur développement ultime ont transcendé toutes les formes et phases de l'économie bourgeoise et ont démontré « que les idées et les principes les plus généraux de l'économie politique sont purement et simplement des concepts fétiches qui masquent les relations sociales réelles existant entre individus et classes déterminées de la formation socio-économique. » Au final, toutes les imperfections du marxisme, selon l'auteur, n'altèrent pas le fait que celui-ci demeure supérieur à toute autre théorie sociale et cela malgré son échec patent comme mouvement social.

 

 

Traduit de l'allemand par Serge Bricianer

9782851840684

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Marxisme et philosophie
Karl Korsch, Minuit, 1964

15.24
Indisponible

Ouvrage fondamental pour quiconque s'intéresse à cette philosophie, il a été accueilli très fraîchement - c'est le moins que l'on puisse dire - par les tenants de l'orthodoxie communiste : ils l'ont qualifié d'hérésie révisionniste. En effet, appliquer la conception matérialiste de l'histoire au marxisme lui-même revenait à mettre à nu l'opposition entre la théorie et la pratique qui marquait l'ensemble du mouvement ouvrier d'alors. Dès lors, on comprend mieux la position de l'Institut de se tenir à l'écart de tout mouvement politique ( le livre a été publié en même temps que l'Institut s'érigeait) à partir du moment ou c'était justement cette articulation qui constituait un des domaines fondamental de leur recherche.

9782707301017

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Siegfried Kracauer

Véritable maître à penser d'Adorno qui fut accueilli chez lui tous les samedis lors de ses années d’apprentissage pour y recevoir des cours de philosophie, il fut marqué par la mort précoce de son père. Elevé par un oncle, il étudie l’architecture et se réserve la philosophie et la sociologie à titre annexe. Eclectique, il devient journaliste en 1921 et fait de son métier une solution de compromis entre ses différents centres d’intérêts. Son diagnostic sur les années 20 sont sans appel : désenchantement du monde et des relations entre les hommes, incapacité des sciences à donner une solution à cette crise. Par la suite, les relations vont se distendre, Adorno critiquant les visées commerciales de certains livres. Il faut porter à l’attention de ceux qui s’intéressent à cet auteur la réédition de la biographie de Enzo Traverso sur Kracauer.

 

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De Caligari à Hitler : une histoire psychologique du cinéma allemand 1919-1933
Siegfried Kracauer, l'Age d'homme, 1984

22.00
Indisponible

C'est un livre qui a fait date dans l'histoire du cinéma. La thèse émise par Kracauer au lendemain de la seconde guerre mondiale est la suivante : le jaillissement du cinéma Allemand dans les années de l'après -grande guerre portait en lui la prémonition des idées totalitaires qui allait mener, avec le nazisme, à la seconde guerre mondiale. Pour Kracauer, avec son psychiatre tout puissant qui pousse un médium à assassiner à sa place, Caligari représente bel et bien et dès 1920, cette autorité aliénée que l'histoire découvrira plus tard dans le nazisme. Kracauer dit de ce film que c'est un film de tyran.

 

 

Traduit de l'anglais par Claude B. Levenson

9782825109137

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L'histoire des avant dernières choses
Siegfried Kracauer, Stock, 2006

22.00

Ce dernier livre de Siegfried Kracauer, resté inachevé à sa mort et publié à titre posthume, est une réflexion sur la réalité historique comme sur la théorie de l'histoire. On sait l'importance des recherches qu'a été mené sur ce sujet par la plupart des membres de l'Institut. Il y étudie les différentes traditions européennes en y pourfandant l'illusion d'une histoire universelle. Au contraire, il défend la saisie d'un passé discontinue, fragmenté, entre reste et traces.

 

 

Traduit de l'anglais par Claude Orsoni, Edition de Nia Perivolaropoulou & Philippe Despoix. Présentation Jacques Revel.

9782234057869

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Walter Benjamin

Né dans une famille de négociants juifs, il fut élevé dans un cercle très protégé de la haute société. Il étudie la philosophie, la littérature allemande et la psychologie. Il rencontre Adorno en 1923 par l’intermédiaire de Kracauer et les deux hommes vont tisser des liens très forts que leur correspondance traduit parfaitement. Adorno a essayé de nombreuse fois de le coopter pour qu’il fasse son entrée à l’Institut mais il ne restera que dans le cercle de ce dernier. Il s’agira d’un rapport indirect car il ne sera présenté à Horkheimer qu’en 1938. Benjamin, poussé sans cesse par Adorno et sa femme à émigrer dans le Nouveau Monde, hésita trop longtemps à cause d’une peur irrationnelle de celui-ci. Il n’était pas sûr non plus que l’Institut puisse lui assurer le minimum vital par une prolongation de son contrat de recherche. Cela explique aussi ses atermoiements, hélas lourds de conséquence, au moment de prendre sa décision.

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Paris capitale du XIX° siècle
Walter Benjamin, Allia, 2003

6.10

Rien ne suggère mieux la précarité de l'existence de Walter Benjamin à Paris que la succession de ses logis et c'est sans doute avec un sentiment de fraternité qu'il dresse dans le livre des Passages la liste des très nombreuses adresses de Baudelaire. D'emblée, la ville lui inspire une passion qui transparaît dans la lettre qu'il envoie à une amie, Carla Seligson, passion qui pourrait trouver sa source dans les premières expériences où il a, semble-t-il, eu ses premières expériences sexuelles. Projet au long cours, il y a travaillé à des moments différents de sa vie, en partie parce qu'il y recherchait une sorte d'évasion et parce ce qu'il n'avait pas de commandes urgentes à satisfaire. Soutenu par l'Institut dans ce projet, Horkheimer lui écrivit : « La méthode qui consiste à saisir l'époque par de petits symptomes superficiels semblent cette fois révéler toute sa puissance. Vous faites un grand pas en avant par rapport aux explications matérialistes déjà proposées des phénomènes esthétiques. »

9782844851062

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Oeuvres vol 3
Walter Benjamin, Gallimard, 2000

8.00

Dans ce recueil d'essais publiés tout au long de sa vie et agencé chronologiquement, l'éditeur a regroupé en trois volumes tout ce qui faisait la spécificité de la pensée de Benjamin. Les trois grands thèmes qu'il n'a cessé d'étudier, la philosophie du langage, la philosophie de l'histoire et la philosophie de l'art définissent le rapport de Benjamin à la tradition, son souci de restituer ce que cette dernière a refoulé, parfois éradiqué. De même, restituer la vision des vaincus, des défaits de la tradition, est à ses yeux vital pour le destin de la liberté.

 

Pour plus d'informations sur la vie et l'oeuvre de Benjamin, nous revoyons au [dossier->http://www.ombres-blanches.fr/pub/repere/auteur/niv4.php?auteur=benjamin-walter&id_dossier=2136] concocté ici même par Joël Bertrand.

 

Traduit de l'allemand par et notes de Maurice de Gandillac, Pierre Rusch et Rainer Rochlitz

9782070406685

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