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Les chapitres de ce dossier :

  • De Agamben à Arrighi
  • De Badiou à Butler
  • De Caillé à Keucheyan
  • De Rancière à Zizek

    Jacques Rancière, philosophe, est professeur émérite à Paris VIII. Né en 1965, Hartmut Rosa est un sociologue et philosophe, professeur à l'université Friedrich-Schiller de Iéna en Allemagne. Il fait partie d'une nouvelle génération d'intellectuels travaillant dans le sillage de la Théorie critique. Yoshiyuki Sato, né en 1971, docteur en philosophie, enseigne la philosophie à l'Université de Tsukuba (Japon). Gayatri Chakravorty Spivak, professeure de littérature anglaise et comparée à Columbia University, pionnière des études postcoloniales, militante des droits de l'homme, est l'un des penseurs féministes les plus influents de notre temps. Edward P. Thompson (1924-1993), historien britannique spécialiste de l'histoire sociale et culturelle de l'Angleterre, a influencé par son travail sur le monde ouvrier et industriel les chercheurs du monde entier. Raymond Williams (1921-1988) fut, avec Stuart Hall, le fondateur du Center for Contemporary Cultural Studies. Slavoj Zizek est philosophe et docteur en psychanalyse.

Et tant pis pour les gens fatigués : entretiens
Rancière, Jacques, Amsterdam, 2009

23.00

Loin d'être accessoire, la réalisation d'entretiens fait partie intégrante du travail de Jacques Rancière. D'entretien en entretien, Rancière s'est toujours attaché à commenter et à expliciter son parcours et ses interventions en en exposant les inflexions et les continuités ; à opérer un travail de définition, de redéfinition et de démarcation par rapport à d'autres interventions théoriques ; à montrer le caractère indissociable de ses textes sur la politique, l'esthétique, l'art, le cinéma et la littérature ; à apporter des réponses aux objections et interrogations soulevées par ses écrits.

Sorte de cartographie en mouvement de la pensée de Jacques Rancière, ce recueil, qui contient notamment des entretiens difficilement accessibles ou inédits en français, constitue un outil indispensable pour tous ceux qui s'efforcent de définir les termes d'une politique démocratique radicale aujourd'hui.

9782354800567
Moments politiques : interventions 1977-2009
Rancière, Jacques, La Fabrique, 2009

15.00

Ce livre rassemble des interventions répondant à la contrainte d'un présent : un conflit qui commandait de prendre parti et d'en donner les raisons - lois françaises sur l'immigration ou invasion américaine en Irak ; des événements d'importance variable - un débat sur le foulard à l'école, une canicule meurtrière ou une enquête sociologique anodine - qui permettent de saisir le fonctionnement actuel du pouvoir et les schémas d'interprétation qui nous gouvernent. Chacune de ces circonstances est l'occasion d'un double exercice : identifier la singularité d'un moment politique et dessiner la carte du présent qu'il définit.

La politique en effet existe par moments. Un moment, ce n'est pas simplement un éclat fugitif, c'est un autre poids jeté dans la balance où se pèsent les situations et se comptent les sujets aptes à les saisir, c'est l'impulsion qui déclenche ou dévie un mouvement, une possibilité de monde qui se rend perceptible et met en cause l'évidence d'un monde donné. La pensée politique est inséparable de la scansion de ces moments.

Depuis trente ans la contre-révolution intellectuelle a cherché à transformer toutes les luttes sociales et les mouvements d'émancipation du passé en prodromes du totalitarisme, toutes les affirmations collectives opposées au règne des oligarchies économiques et étatiques en symptômes d'égoïsme et d'arriération. Les interventions ici réunies veulent à l'inverse rendre sensibles les ruptures que les inventions égalitaires opèrent dans le tissu de la domination. Elles n'apportent pas le point de vue du savant ou du moraliste, mais seulement une contribution individuelle au travail par lequel individus et collectifs sans légitimité s'appliquent à redessiner la carte du possible.

9782358720014
Le spectateur émancipé
Rancière, Jacques, La Fabrique, 2008

13.00

« Celui qui voit ne sait pas voir » : cette présupposition traverse notre histoire, de la caverne platonicienne à la dénonciation de la société du spectacle. Elle est commune au philosophe qui veut que chacun soit à sa place et aux révolutionnaires qui veulent arracher les dominés aux illusions qui les y maintiennent.

Certains emploient explications subtiles ou installations spectaculaires pour montrer aux aveugles ce qu'ils ne voient pas. D'autres veulent couper le mal à sa racine en transformant le spectacle en action et le spectateur en homme agissant.

Les études réunies ici opposent à ces deux stratégies une simple hypothèse : le fait de voir ne comporte aucune infirmité ; la transformation en spectateurs de ceux qui étaient voués aux contraintes et aux hiérarchies de l'action a pu contribuer à bouleverser les positions sociales ; et la dénonciation de l'homme aliéné par l'excès des images a d'abord été la réponse de l'ordre dominant à ce désordre. L'émancipation du spectateur, c'est alors l'affirmation de sa capacité de voir ce qu'il voit et de savoir quoi en penser et quoi en faire.

En examinant quelques formes et débats de l'art contemporain, ce livre tente de répondre aux questions : qu'entendre par art politique ou politique de l'art ? Où en sommes-nous avec la tradition de l'art critique et avec le désir de mettre l'art dans la vie ? Comment la critique militante de la marchandise et de l'image est-elle devenue l'affirmation mélancolique de leur toute-puissance ou la dénonciation réactionnaire de l'« homme démocratique » ?

9782913372801
La haine de la démocratie
Rancière, Jacques, La Fabrique, 2005

13.00

Hier encore, le discours officiel opposait les vertus de la démocratie à l'horreur totalitaire, tandis que les révolutionnaires récusaient ses apparences au nom d'une démocratie réelle à venir. Ces temps sont révolus. Alors même que certains gouvernements s'emploient à exporter la démocratie par la force des armes, notre intelligentsia n'en finit pas de déceler, dans tous les aspects de la vie publique et privée, les symptômes funestes de l'«individualisme démocratique» et les ravages de l'«égalitarisme» détruisant les valeurs collectives, forgeant un nouveau totalitarisme et conduisant l'humanité au suicide.

Pour comprendre cette mutation idéologique, il ne suffit pas de l'inscrire dans le présent du gouvernement mondial de la richesse. Il faut remonter au scandale premier que représente le «gouvernement du peuple» et saisir les liens complexes entre démocratie, politique, république et représentation. À ce prix, il est possible de retrouver, derrière les tièdes amours d'hier et les déchaînements haineux d'aujourd'hui, la puissance subversive toujours neuve et toujours menacée de l'idée démocratique.

9782913372481
Aux bords du politique
Rancière, Jacques, Gallimard, 2004

Collection : Folio Essais
7.70

Parler du politique, et non de la politique, c'est indiquer qu'on parle des principes de la loi, du pouvoir et de la communauté et non de la cuisine gouvernementale.

Le politique est la rencontre de deux processus hétérogènes. Le premier est celui du gouvernement. Il consiste à organiser le rassemblement des hommes en communauté et leur consentement et repose sur la distribution hiérarchique des places et des fonctions. Je donnerai à ce processus le nom de police.

Le second est celui de l'égalité. Il consiste dans le jeu des pratiques guidées par la présupposition de l'égalité de n'importe qui avec n'importe qui et par le souci de la vérifier. Le nom le plus propre à désigner ce jeu est celui d'émancipation.

9782070301744
Le maître ignorant : cinq leçons sur l'émancipation intellectuelle
Rancière, Jacques, 10-18, 2004

Collection : 10-18 Fait et cause
7.40

En 1818, Joseph Jacotot, révolutionnaire exilé et lecteur de littérature française à l'université de Louvain, commença à semer la panique dans l'Europe savante. Non content d'avoir appris le français à des étudiants flamands sans leur donner aucune leçon, il se mit à enseigner ce qu'il ignorait et à proclamer le mot d'ordre de l'émancipation intellectuelle : tous les hommes ont une égale intelligence. Il ne s'agit pas de pédagogie amusante, mais de philosophie et de politique. Jacques Rancière offre, à travers la biographie de ce personnage étonnant, une réflexion philosophique originale sur l'éducation. La grande leçon de Jacotot est que l'instruction est comme la liberté : elle ne se donne pas, elle se prend.

9782264040176
Accélération : une critique sociale du temps
Rosa, Hartmut, La Découverte, 2010

Collection :Théorie critique
27.50

L'expérience majeure de la modernité est celle de l'accélération. Nous le savons et l'éprouvons chaque jour : dans la société moderne, «tout devient toujours plus rapide». Or le temps a longtemps été négligé dans les analyses de la modernité au profit des processus de rationalisation ou d'individualisation. C'est pourtant le temps et son accélération qui, aux yeux de Hartmut Rosa, permettent de comprendre la dynamique de la modernité.

Pour ce faire, il livre dans cet ouvrage une théorie de l'accélération sociale susceptible de penser ensemble l'accélération technique (celle des transports, de la communication, etc.), l'accélération du changement social (des styles de vie, des structures familiales, des affiliations politiques et religieuses) et l'accélération du rythme de vie, qui se manifeste par une expérience de stress et de manque de temps.

La modernité tardive, à partir des années 1970, connaît une formidable poussée d'accélération dans ces trois dimensions. Au point qu'elle en vient à menacer le projet même de la modernité : dissolution des attentes et des identités, sentiment d'impuissance, «détemporalisation» de l'histoire et de la vie, etc. L'auteur montre que la désynchronisation des évolutions socioéconomiques et la dissolution de l'action politique font peser une grave menace sur la possibilité même du progrès social.

Marx et Engels affirmaient ainsi que le capitalisme contient intrinsèquement une tendance à «volatiser tout ce qui est solide et bien établi». Dans ce livre magistral, Hartmut Rosa prend toute la mesure de cette analyse pour construire une véritable «critique sociale du temps» susceptible de penser ensemble les transformations du temps, les changements sociaux et le devenir de l'individu et de son rapport au monde.

Traduit de l'allemand par Dider Renault

9782707154828
Pouvoir et résistance : Foucault, Deleuze, Derrida, Althusser
Sato, Yoshiyuki, L'Harmattan, 2007

Collection : Ouverture philosophique
21.50

La présente étude propose une réinterprétation des théories « structuralistes » du pouvoir, en soulevant le problème de la résistance au pouvoir à partir de deux questions. Si les théories « structuralistes » du pouvoir prétendent que l'assujettissement est produit et reproduit par l'intériorisation du pouvoir par le sujet lui-même, comment peuvent-elles penser la résistance du sujet à ce pouvoir intériorisé ? Si elles affirment que la structure sociale, une fois surgie, ne cesse d'être reproduite de manière « synchronique » ou « intemporelle » par les dispositifs de pouvoir, comment peuvent-elles envisager la possibilité d'altération de cette structure sociale sans cesse reproduite ?

Cette étude, en répondant à ces deux questions, tente de dépasser les apories des théories « structuralistes » du pouvoir au sein même de la pensée « structuraliste » ou « post-structuraliste » de Foucault, Deleuze/Guattari, Althusser et Derrida, notamment à travers leur lutte contre (et aussi pour) la théorie psychanalytique.

Préface Etienne Balibar

9782296032958
En d'autres mondes, en d'autres mots : essais de politique culturelle
Spivak, Gayatri Chakravorty, Payot, 2009

30.00

Ce livre culte, le plus célèbre de Spivak, propose, au croisement de l'histoire, de la critique littéraire, de la sociologie et de la philosophie, plusieurs essais où, relisant par exemple Coleridge, Dante, Virginia Woolf ou Wordsworth, mais aussi Marx ou la militante Mahasweta Devi, elle offre sur la guerre des cultures, l'imagination, la dialectique du réel et de la fiction, le féminisme français, l'impérialisme et l'exploitation, ou encore la parole des subalternes, autant de contributions majeures dans les domaines de la théorie littéraire, des cultural studies, du féminisme et du postcolonialisme.

Traduit de l'anglais par (Etats-Unis) Françoise Bouillot. Préface Colin MacCabe.

9782228904490
Les subalternes peuvent-elles parler ?
Spivak, Gayatri Chakravorty, Amsterdam, 2009

13.00

Voici, pour la première fois en français dans une traduction rigoureuse, accessible à un large public, un des textes de la critique contemporaine et des études postcoloniales les plus discutés dans le monde depuis vingt-cinq ans. Texte problématique et polémique, il a démontré depuis sa première publication, par le nombre de commentaires, de critiques et de recherches qu'il n'a pas cessé de susciter, une productivité peu commune, qui n'a d'égale peut-être dans son domaine que celle des écrits d'Edward Said et de Homi Bhabha.

«En suivant un parcours nécessairement sinueux, cet essai partira d'une critique des efforts déployés actuellement en Occident [notamment par Gilles Deleuze et Michel Foucault] visant à problématiser le sujet, pour aboutir à la question de la représentation du sujet du Tiers-Monde dans le discours occidental. Chemin faisant, l'occasion me sera donnée de suggérer qu'il y a en fait implicitement chez Marx et Derrida un décentrement du sujet plus radical encore. J'aurai de plus recours à l'argument, qui surprendra peut-être, selon lequel la production intellectuelle occidentale est, de maintes façons, complice des intérêts économiques internationaux de l'Occident. Pour finir, je proposerai une analyse alternative des rapports entre les discours de l'Occident et la possibilité pour la femme subalterne de parler (ou la possibilité de parler en son nom). Je tirerai mes exemples spécifiques du cas indien, à travers la discussion approfondie du statut extraordinairement paradoxal de l'abolition par les Britanniques du sacrifice des veuves.» Gayatri Chakravorty Spivak

Traduit de l'anglais par Jérôme Vidal

9782915547283
Temps, discipline du travail et capitalisme industriel
Thompson, Edward Palmer, La Fabrique, 2004

12.00

Au XVIIIe siècle, l'heure, jusque-là indiquée par la hauteur du soleil, le son des cloches ou le rythme des marées, devient un chiffre donné par les horloges. À travers l'étude de la perception et de la transformation des usages du temps, E.P. Thompson décrypte minutieusement la mise en place du travail moderne. Avec la spécialisation des tâches, l'organisation verticale, l'abandon progressif du travail à domicile, une discipline du travail se met en place, et la présence de l'horloge sur le lieu de travail comme dans le village, et même à la maison, est l'un des symptômes en même temps qu'un élément clé de cette dynamique. De l'organisation du travail à la planification des loisirs, de l'exploitation de l'espace à la conception du quotidien, ce sont toutes les structures de la société capitaliste moderne qui naissent des rouages du temps mesuré.

Traduit de l'anglais par Isabelle Taudière

9782913372429
Culture & matérialisme
Williams, Raymond Brady, Les Prairies ordinaires, 2009

Collection : Penser-Croiser
15.00

L'introduction récente, en France, des Cultural Studies, semble s'être faite au prix de l'oubli de leur hétérogénéité ; cette étiquette englobante recouvre en effet des postures intellectuelles, des contenus théoriques et des rapports au politique fort différents. En ce sens, la première traduction française de Raymond Williams se voudrait une introduction à un versant bien spécifique de cette pensée critique. Si ce dernier est souvent présenté, à juste titre, comme l'un des fondateurs des Cultural Studies, il faut immédiatement préciser qu'il envisage ces dernières comme devant donner lieu à une théorie matérialiste de la culture. La pensée de Williams doit en outre être saisie comme un effort permanent pour articuler travail théorique - en inscrivant son oeuvre dans un dialogue avec la tradition marxiste - et projets d'émancipation. Si ce recueil ne peut constituer qu'une brève introduction à l'oeuvre prolifique de Williams, elle dessine néanmoins les multiples directions et objets de son travail. De son analyse des mouvements d'avant-garde à la réélaboration des notions centrales de la pensée marxiste - qu'il s'agisse du couple base/superstructure ou de la nécessité de penser les «moyens de communication comme moyens de production» - en passant par la considération de l'imaginaire produit par la ville capitaliste, ce recueil entend donner à lire une oeuvre tout à la fois plurielle - par ses objets, ses préoccupations - et dotée d'une forte unité théorique et politique - le matérialisme d'une pensée toujours articulée à la nécessité d'élaborer de nouvelles pratiques politiques. Les Cultural Studies n'ont cessé d'étudier la culture, pour Williams il s'agit également de la transformer.

Traduit de l'anglais par Nicolas Calvé et Etienne Dobenesque.Préface Jean-Jacques Lecercle.

9782350960326
Après la tragédie, la farce ! ou Comment l'histoire se répète
Zizek, Slavoj, Flammarion, 2010

Collection : Bibliothèque des savoirs
20.00

Des milliards de dollars ont été déversés au coeur du système bancaire mondial, mais pourquoi n'avoir pas employé ces mêmes forces pour éradiquer la misère du monde et conjurer la crise environnementale ? « Nous faut-il une autre preuve que le Capital est devenu le Réel de nos vies, un Réel dont les impératifs l'emportent en despotisme sur les plus pressantes exigences de notre réalité ? » Analysant l'implosion soudaine de la sphère financière, Zizek souligne, à la suite de Hegel, Marx et Marcuse, que la répétition de la tragédie sous forme de farce est parfois plus terrifiante que la tragédie initiale.

« Le philosophe le plus dangereux d'Occident » passe au crible l'envahissante vision libérale du monde, cette idéologie qui nous fait croire en un lien naturel entre capitalisme et démocratie, se déguise sous les oripeaux libertaires du pseudo-esprit de 68 qu'elle a parfaitement intégré, et nous raconte des histoires semblables à la saga populiste, « humaine, trop humaine », d'un Berlusconi.

À ceux qui se résignent à l'alternative entre un capitalisme « socialiste » à l'occidentale et un capitalisme « autoritaire » à l'asiatique, Zizek rappelle qu'il existe une autre voie : il évoque la leçon de Lénine - « commencer à partir du commencement, encore et encore » -, questionne les thèses de Négri sur les multitudes agissantes au sein de la sphère sociale globalisée et considère la position de Badiou pour qui le communisme reste un ultime - et peut-être indépassable - horizon.

Après la tragédie, la farce ! est un appel tonique aux forces de gauche pour qu'elles se réinventent.

Traduit de l'anglais par Daniel Bismuth

9782081232198
Bienvenue dans le désert du réel
Zizek, Slavoj, Flammarion, 2009

Collection : Champs Essais
8.00

Bienvenue dans le désert du Réel ... C'est ainsi que Morpheus, dans le film Matrix, introduisait un Néo stupéfié à la « vraie réalité » d'un monde dévasté : un ground zero planétaire.

Slavoj Zizek se propose d'analyser les investissements pulsionnels et idéologiques qui ont façonné notre nouvel ordre mondial depuis l'effondrement des tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001 à New York. La tâche critique consiste aujourd'hui à replacer l'« événement » dans le contexte des antagonismes du capitalisme mondial. Le vrai choc des civilisations pourrait, dans cette perspective, se révéler n'être qu'un choc à l'intérieur de chaque civilisation. L'alternative idéologique opposant l'univers libéral, démocratique et digitalisé, à une radicalité prétendument « islamiste » ne serait en définitive qu'une fausse opposition, masquant notre incapacité à percevoir les vrais enjeux politiques contemporains.

Le seul moyen de nous extraire de l'impasse nihiliste à laquelle nous réduit cette fausse alternative est une sortie de la démocratie libérale, de son idéologie multiculturaliste, tolérante et postpolitique.

Traduit de l'anglais par François Théron

9782081218918
La parallaxe
Zizek, Slavoj, Fayard, 2008

Collection : Ouvertures
24.00

La parallaxe est le déplacement apparent d'un objet que provoque un changement du, point d'observation. Le philosophe ajoutera que la différence observée n'est pas simplement subjective. Dans la terminologie hégélienne, on dira plutôt que le sujet et l'objet sont en fait intrinsèquement « médiatisés », si bien qu'un changement épistémologique dans le point de vue du sujet traduit toujours un changement ontologique dans l'objet lui-même.

On connaît aujourd'hui toute une série de parallaxes, dans des domaines très différents. Dans la physique quantique (la dualité de l'onde et du corpuscule) ; dans la neurobiologie (l'écart entre le cerveau et la pensée) ; la parallaxe de la différence ontologique : la discordance entre l'ontique et l'ontologique ; la parallaxe du Réel (le réel lacanien n'a aucune positivité substantielle, il est juste l'écart entre la multiplicité des points de vue qui le visent) ; la parallaxe de l'inconscient, qui commande l'absence de mesure commune entre les deux aspects de l'édifice théorique de Freud : l'interprétation des formations de l'inconscient et la théorie des pulsions ; et enfin la parallaxe politique, dont le vieux nom est « lutte des classes ».

Finalement, ce livre tente de renouveler le matérialisme dialectique, tout en restant fidèle au projet communiste.

9782213636658