Incertitudes italiennes
Au sortir des législatives mouvementées du 9 avril (une victoire à l’arraché de Prodi), le brouillard ne s’est pas dissipé sur l’Italie : un pays légal coupé en deux ; au pays réel, une croissance nulle, des réformes économiques qui s’annoncent douloureuses, une image écornée à l’étranger. Par delà les résultats électoraux (la Cour de Cassation a confirmé que l'Union de la gauche l'a emporté de seulement 24755 voix à la Chambre des députés !), les questions restent vives : deux grandes formations de droite et de gauche pourront-elles un jour alterner en Italie sans protestation de fraude ? Pourquoi autour de l’Olivier la gauche reste-t-elle si composite et peu cohérente ? La droite italienne restera-t-elle dominée par la figure si décriée mais si efficace du Cavaliere Berlusconi ? Quelques essais d’histoire, de politologie ou d’économie - pour tenter de comprendre si notre cousine transalpine reste oui ou non droit dans sa botte.
Les chapitres de ce dossier
- Un peu de recul historique
Rien de tel que remettre les choses dans leur perspective historique : lire par exemple sous la plume de Leopardi (en 1824 !) l’état des mœurs politiques italiennes, déjà gangrenées par le cynisme ou le doute identitaire. Mesurer néanmoins à quel point, sur la longue durée, le « miracle italien » a été permanent. Au XX° siècle, se souvenir de l’incroyable modernisation économique accomplie après-guerre, puis du séisme de la Première République lors des années 90, bref des continuités et ruptures, de Mussolini à Berlusconi. L’Italie n’est pas exactement née de la dernière pluie du printemps 2006.
- Que reste-t-il des « années de plomb » ?
En 2004, avec l’affaire de l’extradition de Cesare Battisti, la France s’est brusquement souvenue à quel point sa sœur transalpine avait été « plombée » par le climat politique délétère des années 70 : les Brigades Rouges, l’affaire Aldo Moro, une culture de la violence politique tous azimuts (révolution, terrorisme, répression) dont l’Italie a depuis fait le deuil.
- Le « cas » Berlusconi
Comment un pays aussi sophistiqué que l’Italie a-t-il pu donner naissance au tribun mains sales-dents blanches moqué par Nanni Moretti dans son dernier film Le Caïman, champion de la dépolitisation beauf et du télé-populisme ? Tous les politistes s’accordent en tout cas à reconnaître que même s’il est battu aux dernières élections, le « moment Berlusconi », plus complexe qu'il n'y paraît, aura durablement marqué la culture politique italienne.
- Italie : les affaires et… « les affaires »
Clin d’œil ironique : le jour même de la proclamation des résultats aux législatives, les carabiniers (profitant d’avoir les mains plus libres pendant cette vacance politique ?) ont cueilli dans son village de Corleone le grand parrain de la Mafia sicilienne, Bernardo Provenzano, « en fuite » depuis 42 ans ! Mais Cosa Nostra n’est jamais décapitée trop longtemps : parions qu’on remplacera vite la tête de l’hydre... Tant il est vrai qu’une vieille culture de concussion a souvent fait confondre le cours de l’économie ordinaire et les scandales politico-judiciaires, rendus plus éclatants encore depuis l'opération « Mains propres » de la décennie 90. Quelques essais sur l'argent et les juges.
- Radiographier l’Italie d’aujourd’hui
Les analystes hésitent : Italie en transition… en crise… en suspens… dans la tourmente… ? Au sortir de la législature Berlusconi, une seule chose semble sûre dans la Péninsule : rien n’est sûr ! La conscience nationale reste travaillée par des tendances centrifuges à l’émiettement (le séparatisme piémont de la Ligue). Et le système politique peine à se réformer : faut-il donner plus de place au président de la République ? peut-on espérer sortir du clientélisme endémique ? faut-il réviser encore une fois le système électoral, traficoté il y a quelques mois dans le sens de la proportionnelle ? Le jeu transalpin semble ouvert. Mais a-t-il jamais cessé de l’être depuis... les Etrusques ? Décidément, ce pays aurait dû s’appeler VItalie.


