Les invasions barbares ; une généalogie de l'histoire de l'art

Les invasions barbares ; une généalogie de l'histoire de l'art

Eric Michaud

Editeur : Gallimard

Collection : Nrf Essais

Date de parution : 05/11/2015

EAN : 9782070122653 Nombre de pages : 320 pages

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Résumé

L'histoire de l'art a commencé avec les invasions barbares. Vers 1800, ces invasions sont devenues l'événement décisif par lequel l'Occident se serait engagé dans la modernité : le sang neuf des races du Nord, tout en conservant l'ancien, aurait apporté un art nouveau, nécessairement anti-romain et anti-classique, et dont l'héritage était encore manifeste en Europe. Avec ce récit fantastique, inséparable de la formation des États-nations et de la montée des nationalismes en Europe et fondé sur le double postulat de l'homogénéité et de la continuité des peuples « étrangers », les styles artistiques tombèrent dans l'entière dépendance du sang et de la race. L'histoire de l'art associa ses objets à des groupes raciaux en se fondant sur quelques singularités visibles : tantôt leurs qualités « tactiles » ou « optiques » les dénonçaient comme « latins » ou « germains » (Aloïs Riegl), tantôt la prédominance des éléments linéaires trahissait une origine méridionale, quand le « pictural » indiquait clairement une provenance germanique ou nordique (Heinrich Wölfflin). Les musées, eux, regroupèrent les productions des beaux-arts selon leur provenance géographique et l'appartenance « ethnique » de leurs créateurs. Il serait parfaitement vain de chercher à démontrer que l'histoire de l'art fut une discipline raciste. Elle ne l'aura été ni plus ni moins que les autres sciences sociales qui, toutes, furent touchées ou orientées par la pensée raciale visant à classer et hiérarchiser les hommes en fonction de traits somatiques et psychologiques qui leur étaient attribués. Mais les liens qu'elle a tissés entre les hommes et leurs objets artistiques, ne sont pas encore tranchés : l'opinion la plus commune sur l'art est qu'il incarne au mieux le génie des peuples.Aujourd'hui encore l'essentialisme racial, ethnique ou national s'affiche dans la déploraton de la fin, avec la gobalisation, de l'imperméabilité des cultures. Sur le marché de l'art mondialisé, malgré l'extrême mobilité des identités, la provenance ethnico-raciale exhibée des oeuvres - « Black », « African American », « Latino » ou « Native American » - donne à ces objets d'échange une plus-value estimable. Ainsi s'expose en permanence une redoutable concurrence des « races » - cette même concurrence qui présida aux commencements de l'histoire de l'art.

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