Les Origines

Les Origines

Schurmann R

Editeur : Pu Du Mirail

Date de parution : 11/12/2003

EAN : 9782858166657

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Résumé

Reiner Schürmann est allemand, il refuse d'épouser notre monde.
Non pas pour l'oublier, mais précisément pour se souvenir. Se souvenir des événements, et de leur horreur, bien sûr, mais surtout de cette part d'incompréhensible dans l'agencement ontologique de la modernité, et qui menacera de faire retour si l'on n'entreprend pas de faire l'anamnèse de son origine. Récit autobiographique, Les origines sont donc aussi une interrogation sur le fondement de notre société et de notre culture occidentales.

Le point de vue de Adrien

Insupportables origines

Reiner Schürmann fait partie de ces grands philosophes méconnus au parcours singulier. Allemand né en 1941 à Amsterdam, il grandit dans un pays en reconstruction. En 1960, il arrête ses études pour aller vivre dans un kibboutz en Israël, mais quitte bientôt celui-ci pour entrer comme novice chez les dominicains en France. Il suit en 1970 les cours de Heidegger à Fribourg et est ordonné prêtre dans la foulée. Il part ensuite enseigner aux Etats-Unis, renonce à la prêtrise en 1975, succède à Hannah Arendt et Hans Jonas à la New School for Social Research de New York. Il meurt des complications du sida en 1993.
Dans un geste qui peut rappeler le renoncement de Vladimir Jankélévitch à parler ou à étudier des œuvres de langue allemande après la Shoah, Jankélévitch dont le père, Samuel, avait traduit Jacob Boehme, Sigmund Freud, Hegel ou Schiller, Jankélévitch qui avait fait une thèse sur Schelling et étudié en Allemagne, Reiner Schürmann, dans une position toute autre mais dans un mouvement comparable, n’a pu écrire son œuvre, qu’il appelait « désoeuvre », en allemand, sa langue maternelle. Et c’est dans un français admirable et audacieux qu’ont été rédigés ses remarquables travaux philosophiques sur maître Eckhart, Heidegger et cette fresque philosophique considérable publiée à titre posthume par les éditions T.E.R. qu’est Des hégémonies brisées. Et c’est ainsi que Les origines, cette autobiographie, a été écrite en français et qu’elle pose justement la délicate et douloureuse question de la provenance et de l’héritage.
Car lorsqu’on est né en Allemagne en 1941, lorsqu’on ne peut être tenu responsable du crime de ses pères, comment, cependant, vivre avec, avec ces ruines, avec tous ces meurtres, avec tous ces morts, avec cet effroyable legs? « Moi je refuse de m’adapter. Je refuse de lécher les bottes et d’envoyer des voeux à Noël. Je refuse d’oublier mon enfance terrorisée, de passer aux affaires du jour, de rigoler des monstres nocturnes, de couvrir les râles avec des formules de politesse. Je refuse aussi de rendre la guerre responsable de tout. Mais, sans elle, me serais-je levé si tôt ? Aurais-je appris à maudire les consolations ? Aurais-je talonné l’origine, l’unique, comme un extasié et un incrédule ? », écrit Schürmann. Comment donc vivre lorsqu’on ne peut oublier les morts ? Fuir ? Conjurer ? Expier ? « Écraser de tout son corps le passé ? »
Le parcours de Reiner Schürmann fraie tous ces possibles qui sont autant de questions et montre avec une acuité douloureuse et haletante combien peut-être toute origine est tragique et déchirante.

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