
Jean-Michel Vinay
Vernissage exposition – Gebei. Quelques pas inattendus dans la Chine des années 60
Galerie 1.Espace des rencontres
Gebei. Quelques pas inattendus dans la Chine des années 60. Exposition du 12 décembre au 17 janvier. Galerie 1. Espace des rencontres. Rue Mirepoix. Vernissage le samedi 13 décembre à 11 h. Présentation par Jean-Michel Vinay.
Au fil de ses voyages en Chine de 1963 à 1995, François Dautresme, surnommé le « Guimet des Arts Populaires », avait constitué une collection d’art et d’artisanat populaire chinois incomparable. La première exposition de ces objets de la vie quotidienne, à la fondation Miro de Barcelone en 1995, s’intitulait « Art de vivre, art de survivre », faisant écho à ce qu’écrivait sa cousine et complice Françoise Dautresme (Le voyage en Chine, 1976) : « Il ne viendrait pas à l’idée d’un Chinois de fabriquer quelque chose de laid. Pour lui un objet beau étant un objet bien fabriqué, et l’objet bien fabriqué étant un objet utile, seul l’utile est beau et le beau est forcément utile. ».
Au cœur de cette collection on trouve les Gebei, compositions réalisées à partir de morceaux de tissus usagés assemblés à la colle de riz, par des femmes dans les campagnes chinoises des années 50 à 70. Destinées, entres autres, à la confection de doublures de semelles, dans un pays rongé par les restrictions, ces œuvres éphémères sont parvenues jusqu’à nous grâce à l’insatiable bienveillante curiosité et à « l’œil absolu » de François Dautresme. D’une richesse remarquable de formes, matières et couleurs, ces tableaux collectés dans les villages au fil de ses voyages, vont, dès les premières apparitions publiques, bouleverser plus d’un amateur d’art moderne. Le rapprochement avec, entre autres, les œuvres de nombreux peintres de l’École de Paris (1945/1965) est aussi troublant qu’inévitable.
Peut-être retrouvons-nous une langue universelle, celle de l’économie familiale et de ses contraintes, d’où parfois surgit la beauté pure, franche, entière, offerte, celle qui s’ignore elle-même, la plus précieuse. En tout cas c’est une harmonie inédite qui se dessine dans ces confections nées de l’âpre nécessité économique, du cruel manque de tissu, de la réutilisation indispensable pour ne rien perdre. Cet héritage inattendu est venu jusqu’à nous grâce à un passionné visionnaire qui a perçu, seul au fin fond de la Chine en pleine Révolution, la puissante beauté de ces tableaux magiques issus d’un quotidien en conflit avec l’éphémère.
La dispersion, à partir de 2017, de la collection de François Dautresme a permis à quelques amateurs/collectionneurs d’acquérir ces magnifiques Gebei. Jean-Michel Vinay (Galerie du Rajol à Lautrec) nous fait le plaisir d’ouvrir sa propre collection à la galerie Ombres Blanches.